Les Évangiles

Matthieu
Marc
Luc
Jean

L’Évangile selon Luc

1 1Plusieurs ont entrepris de composer une histoire des événements qui se sont accomplis parmi nous, 2tels que nous les ont transmis ceux qui, dès le début témoins oculaires, sont devenus ministres de la parole ; 3j’ai donc, moi aussi, cru bon, après avoir diligemment enquêté sur toutes ces choses, depuis leur origine, de t’en rédiger, excellent Théophile, un exposé suivi, 4afin que tu reconnaisses la solidité des enseignements que tu as reçus. 5Au temps d’Hérode, roi de Judée, il y avait un prêtre nommé Zacharie, de la classe d’Abia ; sa femme, issue de la race d’Aaron, s’appelait Élisabeth. 6Tous deux étaient justes devant Dieu, et observaient irréprochablement tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur. 7Élisabeth étant stérile, ils n’avaient point d’enfants, et ils étaient l’un et l’autre avancés en âge. 8Or, tandis que Zacharie, suivant le tour de sa classe, remplissait devant Dieu les fonctions sacerdotales, 9le sort le désigna, selon la règle en usage parmi les prêtres, pour entrer dans le Sanctuaire du Seigneur et y offrir le parfum. 10Toute la multitude du peuple était dehors, en prière, à l’heure de l’offrande du parfum. 11Or un ange du Seigneur lui apparut, debout, à droite de l’autel du parfum. 12À sa vue, Zacharie se troubla, et la frayeur le saisit. 13Mais l’ange lui dit : « Ne crains point Zacharie ; ta prière a été exaucée. Ta femme Élisabeth va te donner un fils que tu appelleras Jean. 14Tu en auras de la joie et de l’allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance : 15car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin ni bière ; et il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère. 16Il convertira au Seigneur leur Dieu beaucoup d’enfants d’Israël : 17il marchera devant Dieu avec l’esprit et la puissance d’Élie, pour ramener les cœurs des pères vers les enfants et les rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé. » 18Zacharie dit à l’ange : « D’après quoi vais-je me convaincre de cela ? Je suis vieux, et ma femme est avancée en âge. » 19L’ange lui répondit : « Je suis Gabriel qui me tiens devant Dieu : je suis envoyé pour te parler et t’annoncer cette heureuse nouvelle. 20Eh bien ! tu vas devenir muet, et tu ne pourras plus parler jusqu’au jour où ces choses arriveront, parce que tu n’as pas cru à mes paroles qui s’accompliront en leur temps. » 21Cependant le peuple attendait Zacharie, et s’étonnait qu’il demeurât si longtemps dans le sanctuaire. 22Quand il sortit, il ne pouvait plus parler, et ils comprirent qu’il avait eu une vision dans le sanctuaire. Il leur parlait par signes, et demeura muet. 23Lorsque les jours de son service furent achevés, il s’en retourna chez lui. 24Quelque temps après, sa femme Élisabeth devint enceinte ; et elle se cacha cinq mois durant : 25« Voilà, disait-elle, la grâce que le Seigneur m’a faite, quand il a jeté les yeux sur moi pour ôter mon opprobre parmi les hommes. » 26Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, 27auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; le nom de la vierge était Marie. 28L’ange lui dit en entrant : « Je te salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. » 29Bouleversée par ces paroles, elle se demandait ce que signifiait pareille salutation. 30L’ange lui dit : « Rassure-toi, Marie, tu as gagné la faveur de Dieu. 31Tu vas concevoir et enfanter un fils, à qui tu donneras le nom de Jésus. 32Il sera grand : on l’appellera Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; 33il régnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n’aura pas de fin. » 34Mais Marie dit à l’ange : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » 35L’ange répondit : « Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. Aussi l’être saint qui naîtra de toi sera-t-il appelé Fils de Dieu. 36D’ailleurs Élisabeth ta parente vient de concevoir, elle aussi, un fils dans sa vieillesse ; et celle qu’on disait stérile est à son sixième mois : 37pour Dieu, rien n’est impossible. » 38Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole. » Et l’ange la quitta. 39En ces mêmes jours, Marie se mit en route et se rendit en hâte au pays des montagnes, dans une ville de Juda. 40Elle entra chez Zacharie, et salua Élisabeth. 41Or, dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, son petit enfant se mit à remuer en son sein, et elle fut elle-même remplie du Saint-Esprit. 42Élevant la voix, elle s’écria : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. 43Et d’où me vient cet honneur que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? 44Car, à l’instant où le son de ta voix me saluant a frappé mes oreilles, mon petit enfant s’est mis à remuer d’allégresse en mon sein. 45Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui ont été adressées de la part du Seigneur ! » 46Et Marie dit :« Mon âme magnifie le Seigneur, 47et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur, 48parce qu’il a jeté les yeux sur la pauvreté de sa servante.Car voici que désormais toutes les générations me proclameront bienheureuse, 49parce que le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses.Son nom est saint, 50et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. 51Il a déployé la force de son bras ;il a dispersé les cœurs pleins de pensées orgueilleuses ; 52il a jeté à bas de leurs trônes les puissants, et relevé les humbles ; 53il a comblé de biens les affamés, et renvoyé les riches les mains vides. 54Il a secouru son serviteur Israël, en se souvenant de sa miséricorde — 55comme il l’avait promis à nos pères —envers Abraham et sa postérité, pour toujours. » 56Marie demeura chez Élisabeth environ trois mois, puis s’en retourna chez elle. 57Cependant le terme d’Élisabeth arriva, et elle mit au monde un fils. 58Ses voisins et ses parents, apprenant que le Seigneur avait manifesté sa miséricorde envers elle, s’en réjouissaient avec elle. 59Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant. Ils voulaient lui donner le nom de son père, Zacharie. 60Mais sa mère intervint : « Non, dit-elle, il s’appellera Jean. » 61Ils lui dirent : « Mais personne dans ta famille ne porte ce nom. » 62Alors, par signes, ils demandèrent au père comment il voulait que l’enfant fût nommé. 63Il se fit apporter une tablette, et inscrivit : « Son nom est Jean. » Et tous de s’étonner. 64Au même instant, sa bouche s’ouvrit et sa langue se délia : il se mit à parler et à bénir Dieu. 65La crainte saisit tous les gens d’alentour, et partout, dans les montagnes de Judée, on se racontait l’événement. 66Tous ceux qui en entendirent parler le gardèrent dans leur cœur et disaient : « Que sera donc cet enfant ? », car la main du Seigneur était avec lui. 67Alors Zacharie son père, rempli du Saint-Esprit, prophétisa en ces termes : 68« Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël,qui a visité son peuple et opéré sa délivrance ; 69il nous a suscité un puissant Sauveurdans la maison de David son serviteur, 70(comme il l’avait annoncé par la bouche de ses saints prophètes des temps anciens) 71afin de nous sauver de nos ennemis,et de la main de tous ceux qui nous haïssent. 72C’est ainsi qu’il met en œuvre sa miséricorde envers nos pères,et se souvient de sa sainte Alliance, 73selon le serment qu’il avait juré à Abraham notre père,de nous accorder que, sans crainte, 74délivrés de la main de nos ennemis, 75nous le servions dans la sainteté et la justice,en sa présence, tous les jours de notre vie. 76Et toi, petit enfant, tu seras appelé Prophète du Très-Haut,car tu précéderas le Seigneur, pour lui préparer la route, 77pour donner à son peuple la connaissance du salutdans le pardon de ses péchés ; 78grâce à la tendre miséricorde de notre Dieu,qui va nous amener d’en haut la visite du Soleil levant, 79pour luire sur ceux qui languissent dans les ténèbres et l’ombre de la mort,et diriger nos pas dans la voie de la paix. » 80Or l’enfant croissait et se fortifiait en esprit ; et il vécut dans les solitudes, jusqu’au jour où il se présenta devant Israël. 3Personnage inconnu. L’Évangile de Luc et les Actes des Apôtres sont tous deux adressés à Théophile, dans un petit prologue conforme au style hellénistique. 5Les deux premiers chapitres de Luc forment le récit de l’enfance de Jésus. C’est la vierge Marie qui en est le personnage central, alors que dans le passage correspondant chez Matthieu, c’est Joseph. Le style est très marqué par la Loi et les Prophètes dont les citations sont nombreuses. 8À tour de rôle, 24 classes sacerdotales assuraient le service divin pendant une semaine (voir 1 Ch 24). 11Sur cet autel, matin et soir, on brûlait des parfums sacrés ; voir Ex 20.1-8. 15Bière : ou boisson fermentée. C’est le programme des ascètes de la Loi et des Prophètes (Nb 6.1-4). 19Gabriel : déjà nommé dans Dan 8.16 ; Dan 9.21. 25La fécondité est envisagée comme un don de Dieu, la stérilité comme une disgrâce infamante (voir Gn 30.23 ; 1 Sa 1.2-8 ; 2 Sa 6.20-23). 28Pleine de grâce : ou : comblée des faveurs divines. 31Jésus, c’est-à-dire Dieu sauve ; cf. Mt 1.21 et note. 32Le Messie devait relever à jamais la royauté de David dont il est le descendant. 46Le poème de Marie (Magnificat) est inspiré de 1 Sa 2.1-10 et de plusieurs autres passages de la Loi et des Prophètes dont voici les principaux dans l’ordre de citation : Ps 110.9 ; Ps 102.17 ; Ps 88.11 ; Ps 106.9 ; Is 41.8-9. 48Pauvreté : à la fois la condition de créature fragile, éphémère, et la confiance totale en Dieu (cf. Mt 5.3). Les ch. 1 et 2 de Luc sont imprégnés de la spiritualité des pauvres du Seigneur (Ps 17.28 ; Ps 73.19 ; So 2.3 etc.) qui attendent leur salut de l’action libératrice de Dieu. 67Il se mit à parler sous l’inspiration de l’Esprit de Dieu. 68La prière de Zacharie, comme celle de Marie, est un cantique tissé de citations de la Loi et des Prophètes. 78Soleil levant : image déjà employée par les prophètes pour désigner le Messie, lumière du monde (voir Is 60.1-3 ; Mal 3.20).

2 1En ce temps-là, parut un édit de César Auguste prescrivant le recensement de toute la terre. 2Ce recensement, le premier, eut lieu pendant le gouvernement de Quirinius en Syrie. 3Tout le monde allait se faire inscrire, chacun dans sa ville. 4Joseph aussi quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée vers la ville de David, nommée Bethléem, (parce qu’il était de la maison et de la famille de David) 5pour se faire inscrire avec Marie devenue son épouse, alors enceinte. 6Or, pendant qu’ils étaient là, son terme arriva, 7et elle mit au monde son fils premier-né. Elle l’emmaillota et le coucha dans une crèche, faute de place pour eux à l’hôtellerie. 8Dans les environs, des bergers qui vivaient aux champs veillaient la nuit pour garder leur troupeau. 9Un ange du Seigneur leur apparut, la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux, et ils furent saisis d’une grande crainte. 10Mais l’ange leur dit : « Rassurez-vous : je vous porte la bonne nouvelle d’une grande joie qui va toucher tout le peuple : 11aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur vous est né, qui est le Christ, le Seigneur. 12Et voici pour vous un signe : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une crèche. » 13Et soudain se joignit à l’ange une troupe céleste, louant Dieu en ces termes : 14« Gloire à Dieu, au plus haut des cieux, et sur la terre, paix aux hommes, objets de la bienveillance (divine) ». 15Lorsque les anges les eurent quittés pour le ciel, les bergers se dirent l’un l’autre : « Allons jusqu’à Bethléem constater cet événement que le Seigneur nous a fait connaître. » 16Ils s’y rendirent en hâte, et trouvèrent Marie et Joseph, ainsi que le nouveau-né couché dans la crèche. 17À cette vue, ils racontèrent ce qui leur avait été dit de ce petit enfant. 18Tous leurs auditeurs s’émerveillèrent au rapport des bergers. 19Marie, elle, conservait toutes ces choses et les méditait en son cœur. 20Puis les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu de tout ce qu’ils avaient entendu et vu, conformément à ce qui leur avait été dit. 21Quand, après huit jours, il fallut circoncire l’enfant, on lui donna le nom de Jésus, qu’avait indiqué l’ange, avant sa conception. 22Lorsque les jours de la purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, ils le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, 23suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur : Tout premier-né mâle sera consacré au Seigneur (Ex 13.2), 24et pour offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : une paire de tourterelles ou deux pigeonneaux. 25Or il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Il était juste et pieux ; il attendait la consolation d’Israël, et le Saint-Esprit était en lui. 26Il lui avait été révélé par le Saint-Esprit qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. 27Poussé par l’Esprit, il vint donc au temple et, quand les parents apportèrent l’enfant Jésus pour accomplir à son égard les prescriptions de la loi, 28il le prit dans ses bras et bénit Dieu en ces termes : 29« Tu peux maintenant, Maître souverain, laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole ; 30car mes yeux ont vu ton Salut que tu 31as préparé pour tous les peuples, 32lumière pour éclairer les nations, gloire de ton peuple Israël. » 33Son père et sa mère étaient dans l’admiration de ce qu’on disait de lui. 34Et Siméon les bénit et dit à Marie, sa mère : « Cet enfant doit causer la chute et le relèvement de beaucoup d’hommes en Israël, et devenir un signe qui provoquera la contradiction ; 35(toi-même, un glaive te transpercera l’âme ;) ainsi de bien des cœurs vont se dévoiler les pensées. » 36Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser ; elle était fort avancée en âge. Après sa vie de jeune fille, elle avait vécu sept ans avec son mari ; 37restée veuve et parvenue à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, elle ne quittait pas le temple, et servait Dieu nuit et jour dans le jeûne et la prière. 38Elle survint à ce moment et se mit à louer Dieu et à parler de Jésus à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. 39Quand ils eurent accompli tout ce qu’ordonnait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville. 40Cependant l’enfant grandissait et se fortifiait : il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu reposait sur lui. 41Chaque année, ses parents allaient à Jérusalem pour la fête de Pâque. 42Quand il eut douze ans, ils montèrent à Jérusalem, selon la coutume de la fête. 43Mais au terme de leur séjour, lorsqu’il s’en retournèrent, l’enfant Jésus resta à Jérusalem, à l’insu de ses parents. 44Le croyant dans la caravane, ils firent une étape, et se mirent à le chercher parmi leurs parents et connaissances ; 45mais ne l’ayant pas trouvé, ils retournèrent à Jérusalem à sa recherche. 46Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. 47Et tous ceux qui l’entendaient s’étonnaient de la sagesse de ses réponses. 48À sa vue, ils furent saisis d’émotion, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Ton père et moi nous étions à ta recherche, tout angoissés. » 49Il leur dit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne savez-vous pas qu’il me faut être à la disposition de mon Père ? » 50Mais ils ne comprirent pas la parole qu’il leur avait dite. 51Puis il descendit avec eux et regagna Nazareth. Il leur était soumis ; et sa mère conservait tous ces souvenirs dans son cœur. 52Et Jésus grandissait en taille, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes. 2On place généralement la naissance de Jésus vers l’an 6 avant J.C. L’« ère chrétienne », qui fixe la naissance de Jésus en l’an 1, est basée sur une erreur. Jésus est né avant la mort d’Hérode (4 av. J.C.). Les dates où Quirinius fut gouverneur de Syrie sont connues avec une certaine imprécision (entre 10 av. J.C. et 6 ap. J.C.). 7Premier-né : ne veut pas dire que Marie a eu d’autres enfants, mais indique la dignité de Jésus (voir Ex 13.1 ; Dt 21.17). 9La gloire : l’éclat lumineux de la présence du Seigneur ; voir Ex 24.16. 11Christ : voir Mc 8.29 et note. 11Le Seigneur : le titre de Seigneur était réservé à Dieu. Voir Ex 3.15 et note. 32Comme les deux cantiques précédents, le cantique de Siméon utilise le vocabulaire et les thèmes de la Loi et des Prophètes. Voir Is 42.6 ; Is 49.6 ; Is 52.10. 35Les dispositions profondes se manifesteront par l’accueil ou le rejet de la personne et du message de Jésus. 49Disposition : autres trad. : aux affaires de mon Père, dans la maison de mon Père. Le sens est le même : les relations de Jésus avec son Père dépassent toutes les autres.

3 1La quinzième année du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, Philippe son frère, tétrarque de l’Iturée et de la province de Trachonite et Lysanias, tétrarque de l’Abilène, 2sous les grands prêtres Anne et Caïphe, la parole de Dieu se fit entendre à Jean, fils de Zacharie, dans la solitude. 3Il se mit à parcourir toute la région du Jourdain, prêchant un baptême de repentir pour la rémission des péchés, 4ainsi qu’il est écrit au recueil des oracles du prophète Isaïe (Is 40.3-5) : Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. 5Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux seront redressés, et les chemins raboteux seront égalisés. 6Et tout homme verra le Salut de Dieu. 7Il disait donc aux foules qui venaient se faire baptiser par lui : « Engeance de vipères, qui vous a suggéré d’esquiver la colère imminente ? 8Portez donc les fruits d’un repentir sincère et n’allez pas vous dire : Nous avons Abraham pour père. Car je vous déclare que de ces pierres-ci Dieu peut susciter des enfants à Abraham. 9Déjà la cognée est mise à la racine des arbres : tout arbre qui ne porte pas de bon fruit, on le coupe et on le jette au feu. » 10Et la foule lui demandait : « Eh bien ! que devons-nous faire ? » 11Il répondait : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a point, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » 12Des publicains vinrent aussi pour se faire baptiser : « Maître, lui dirent-ils, que devons-nous faire ? » 13Il leur répondit : « N’exigez rien qui dépasse vos consignes. » 14Des soldats aussi lui demandèrent : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur dit : « Ne pratiquez ni violence ni fraude envers personne, mais contentez-vous de votre solde. » 15Cependant, comme le peuple était dans l’attente, et que tous se demandaient en leur cœur si Jean n’était peut-être pas le Christ, 16il leur dit à tous : « Moi, je vous baptise dans l’eau, mais voici venir celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses chaussures. Lui vous baptisera dans le Saint-Esprit et le feu. 17Il tient en main le van pour nettoyer son aire. Il amassera le froment dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint pas. » 18Par ces encouragements, et bien d’autres encore, il annonçait au peuple la bonne nouvelle. 19Mais Hérode le tétrarque, auquel Jean avait reproché sa conduite envers Hérodiade, femme de son frère, et tous les méfaits qu’il avait commis, 20ajouta encore à tous les autres celui de l’enfermer en prison. 21Or, tout le peuple se faisait baptiser. Jésus le fit aussi, et, pendant qu’il priait, le ciel s’ouvrit : 22le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, celle d’une colombe, et une voix se fit entendre du ciel : « Tu es mon Fils bien-aimé ; sur toi je porte mon affection. » 23Quand il commença sa mission, Jésus avait environ trente ans. Il était, à ce que l’on croyait, fils de Joseph, issu d’Héli, de Matthat, 24de Lévi, de Melchi, de Janné, de Joseph, 25de Mattathias, d’Amos, de Nahum, d’Esli, de Naggé, 26de Maath, de Mattathias, de Séméï, de Josech, de Joda, 27de Joanan, de Résa, de Zorobabel, de Salathiel, de Néri, 28de Melchi, d’Addi, de Cosam, d’Elmadan, de Her, 29de Jésus, d’Éliézer, de Jorim, de Matthat, de Lévi, 30de Siméon, de Juda, de Joseph, de Jonan, d’Éliakim, 31de Méléa, de Menna, de Mattatha, de Nathan, de David, 32de Jessé, d’Obed, de Booz, de Salmon, de Naasson, 33d’Aminadab, d’Admin, d’Arni, d’Esrom, de Pharès, de Juda, 34de Jacob, d’Isaac, d’Abraham, de Tharé, de Nachor, 35de Sérouch, de Ragaü, de Phalec, d’Éber, de Sala, 36de Caïnan, d’Arphaxad, de Sem, de Noé, de Lamech, 37de Mathusala, d’Énoch, de Jaret, de Malaléel, de Caïnan, 38d’Énos, de Seth, d’Adam, de Dieu. 1En 27 ou 28 ap. J.C. (voir note en Lc 2.2). 1Pilate fut procurateur en Judée de 26 à 36 ap. J.C. 1Hérode : voir note en Mt 14.1. 2Anne n’est plus en fonction, mais n’a pas moins de prestige que son gendre Caïphe, grand prêtre de 18 à 36 ap. J.C. 12Publicains : percepteurs d’impôts, souvent malhonnêtes. 20Voir récit plus développé de Mt 14.1-12 ; Mc 6.17-29. 22De très anciens manuscrits présentent le texte : C’est toi mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré (cf. Ps 2.7) accentuant la portée messianique du récit.

4 1Jésus, rempli du Saint-Esprit, au retour du Jourdain, fut conduit par l’Esprit dans le désert, 2où il fut tenté par le diable durant quarante jours. Pendant ce temps, il ne mangea rien et, lorsque ces jours furent écoulés, il eut faim. 3Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de se changer en pain. » 4Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain (Dt 8.3). » 5Le diable alors l’emmena plus haut, lui fit embrasser du regard tous les royaumes de la terre, 6et lui dit : « Je vais te donner toute cette puissance et l’opulence de ces royaumes, car elle m’a été donnée, et je la donne à qui je veux. 7Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. » 8Jésus lui répondit : « Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et ne serviras que lui seul (Dt 6.13). » 9Le diable le conduisit alors à Jérusalem, le plaça sur le faîte du temple, et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas ; 10car il est écrit : Dieu chargera ses anges de veiller sur toi ; 11et encore : ils te soutiendront de leurs mains, pour que tu ne risques point de te heurter le pied contre une pierre (Ps 90.11-12). » 12Jésus répliqua : « Il est dit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu (Dt 6.16). » 13Après l’avoir ainsi tenté de toutes manières, le diable s’éloigna de lui jusqu’au temps fixé. 14Jésus alors, plein de la force de l’Esprit, retourna en Galilée, et sa renommée se répandit dans tous les environs. 15Il enseignait dans les synagogues, et tous n’avaient pour lui que des louanges. 16Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra, le jour du sabbat, dans la synagogue, et se leva pour faire la lecture. 17On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il le déroula et choisit le passage où il est écrit (Is 61.1-2) : 18L’ Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs la délivrance, aux aveugles le retour à la vue, libérer les opprimés, 19publier l’année favorable du Seigneur. 20Puis il roula le livre, le rendit au servant et s’assit ; et tous dans la synagogue de fixer les yeux sur lui. 21Il commença par ces mots : « Aujourd’hui est accompli cet oracle que vous venez d’entendre. » 22Et tous rendaient témoignage à son sujet : ils étaient surpris des paroles de grâce qui sortaient de ses lèvres.Ils disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » 23alors il leur dit : « Vous allez sans doute me citer ce proverbe : Médecin, guéris-toi toi-même ; et vous me direz : Faites donc ici, dans ton pays, les merveilles que tu as accomplies, nous assure-t-on, à Capharnaüm. » 24Il ajouta : « Oui, vous dis-je, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. 25Je vous le dis en vérité, il y avait beaucoup de veuves en Israël au temps d’Élie, lorsque le ciel fut fermé durant trois ans et demi, et qu’une grande famine sévit dans tout le pays, 26et cependant, Élie ne fut envoyé chez aucune d’elles, mais bien à une veuve de Sarepta, au pays de Sidon. 27Il y avait de même beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Élisée, et pourtant aucun d’eux ne fut guéri, si ce n’est Naaman, qui était syrien. » 28À ces mots, ils furent tous remplis de colère, dans la synagogue. 29Ils se lèvent, l’entraînent hors de la ville, le mènent jusqu’à la crête de la colline sur laquelle la ville était bâtie, et veulent le précipiter en bas. 30Mais lui, passant au milieu d’eux, s’en alla. 31Il descendit à Capharnaüm, ville de Galilée, et il y enseignait le jour du sabbat. 32On était frappé de sa doctrine, car il enseignait avec autorité. 33Il y avait là dans la synagogue un homme possédé d’un démon impur qui s’écria d’une voix forte : 34« Laisse-nous ! De quoi te mêles-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu ! » 35Mais Jésus le reprit sévèrement : « Tais-toi, dit-il, sors de cet homme. » Et le démon, l’ayant jeté à terre au milieu de l’assemblée, sortit de lui sans lui faire aucun mal. 36Tous, saisis de stupeur, se disaient les uns aux autres : « Qu’est-ce que cela signifie ? Il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs, et ils s’en vont ! » 37et sa renommée se répandit de tous côtés dans les alentours. 38Au sortir de la synagogue, il se rendit chez Simon. La belle-mère de Simon était prise d’une violente fièvre ; et ils le prièrent pour elle. 39Il se pencha sur elle, commanda à la fièvre, et la fièvre la quitta. À l’instant, elle se leva et se mit à les servir. 40Après le coucher du soleil, tous ceux qui avaient des personnes atteintes de maladies de toutes sortes les lui amenèrent, et il les guérit en leur imposant les mains. 41Des démons sortaient aussi d’un grand nombre en criant : « Tu es le Fils de Dieu. » Mais il les reprenait sévèrement et leur imposait silence, car ils savaient qu’il était le Christ. 42Et dès que le jour parut, il sortit et s’achemina vers un endroit solitaire. Une foule de gens se mit à sa recherche ; parvenus à lui, ils cherchaient à le retenir pour qu’il ne les quittât point. 43Mais il leur dit : « Aux autres villes aussi je dois annoncer la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, car c’est là l’objet de ma mission. » 44Et il prêchait dans les synagogues de Judée. 13Temps fixé : le temps de la Passion : voir Lc 22.3,53. 17Déroula : les livres saints étaient alors écrits sur des rouleaux de parchemin. 18Guérir ceux qui ont le coeur brisé ne se trouve que dans quelques manuscrits. 25Le ciel fut fermé : il ne donna plus de pluie. Voir 1 Ro 17. 27Sur l’histoire de Naaman, voir 2 Ro 5. 40Jusqu’au coucher du soleil, le repos sabbatique interdisait le transport des malades. 41Sur cette consigne de silence, voir la note en Mc 1.34. 44De Judée : au sens large. Pour Luc, il s’agit de toute la Palestine ; de même en Lc 7.17.

5 1Jésus se trouvait un jour sur le rivage du lac de Génésareth, et le foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu. 2Apercevant au bord du lac deux barques, d’où les pêcheurs étaient descendus pour nettoyer leurs filets, 3il monta dans l’une d’elles qui appartenait à Simon, et le pria de s’éloigner un peu du rivage. Puis, il s’assit et, de la barque, il instruisit la foule. 4Quand il eut cessé, il dit à Simon : « Pousse en eau profonde, et jetez vos filets pour pêcher. » 5Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais à ton ordre, je jetterai les filets. » 6L’ayant fait, ils prirent une grande quantité de poissons ; mais leurs filets se déchiraient. 7Alors ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques au point qu’elles s’enfonçaient. 8À cette vue, Simon-Pierre se jeta aux pieds de Jésus, et lui dit : « Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un pécheur. » 9L’épouvante en effet les avait saisis, lui et ses compagnons, à cause de la capture qu’ils avaient faite. 10Il en était de même de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, ses compagnons. Alors Jésus dit à Simon : « Ne crains point, désormais ce sont des hommes que tu prendras. » 11Et quand ils eurent ramené les barques à terre, ils laissèrent tout et le suivirent. 12Comme il était dans une ville, voici qu’un homme couvert de lèpre l’aperçut, se prosterna devant lui, et fit sa requête : « Seigneur, disait-il, si tu veux, tu peux me purifier. » 13Jésus étendit la main, le toucha et dit : « Je le veux, sois purifié. » Et aussitôt la lèpre disparut. 14Puis Jésus lui défendit d’en rien dire à personne : « Va plutôt te montrer au prêtre, dit-il, et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit pour leur servir de témoignage. » 15Sa renommée se répandait de plus en plus ; la foule affluait pour l’entendre et pour se faire guérir de ses maladies. 16Mais lui se retirait dans les endroits solitaires et priait. 17Un jour qu’il enseignait, il y avait, assis autour de lui, des pharisiens et des docteurs de la loi, venus de toutes les localités de la Galilée, de Judée et de Jérusalem ; et la puissance du Seigneur lui faisait opérer des guérisons. 18Survinrent alors des gens portant sur une civière un homme paralysé : ils cherchaient à le faire entrer et à le déposer devant lui. 19Ne trouvant pas à l’introduire à cause de la foule, ils montèrent sur la terrasse et, à travers les tuiles, le descendirent sur son lit, au milieu de l’assemblée, en face de Jésus. 20Voyant leur foi, Jésus dit : « Mon ami, tes péchés te sont remis. » 21Alors, les scribes et les pharisiens se mirent à penser : « Qui est cet homme qui blasphème ? Qui peut remettre les péchés sinon Dieu seul ? » 22Mais Jésus se rendit compte de leurs pensées ; il prit la parole et leur dit : « Que raisonnez-vous là dans votre cœur ? 23Quel est le plus aisé à dire : Tes péchés te sont remis ; ou : Lève-toi, et marche ? 24Eh bien ! pour vous faire comprendre que le Fils de l’Homme a sur terre le pouvoir de remettre les péchés : Je te l’ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ta couchette et retourne chez toi. » 25À l’instant, il se leva devant eux, prit la couchette sur laquelle il gisait, et s’en alla chez lui, glorifiant Dieu. 26Tous furent transportés d’enthousiasme et ils glorifiaient Dieu ; pénétrés de respect, ils disaient : « Nous avons vu aujourd’hui des choses prodigieuses. » 27Après cela, Jésus sortit et aperçut, installé au bureau du paiement des taxes, un collecteur d’impôts nommé Lévi. « Suis-moi », lui dit Jésus. 28Quittant tout, l’homme se leva, et le suivit. 29Et Lévi lui fit une grande réception dans sa maison. Plusieurs publicains et d’autres personnes encore étaient à table avec eux. 30Les pharisiens et leurs scribes se mirent à critiquer et à dire aux disciples : « Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les publicains et les pécheurs ? » 31Jésus prit la parole et leur dit : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. 32Ce ne sont pas des justes, mais des pécheurs que je viens appeler à la conversion. » 33Ils lui dirent alors : « Les disciples de Jean et ceux des pharisiens jeûnent fréquemment et font des prières, tandis que les tiens mangent et boivent … » 34Jésus répondit : « Pouvez-vous faire jeûner les invités de la noce, pendant que l’Époux est avec eux ? 35Viendront des jours … et quand l’Époux leur sera enlevé, ils jeûneront, en ces jours-là ! » 36Il leur dit aussi cette comparaison : « Personne ne déchire une pièce d’un vêtement neuf pour la coudre à un vieil habit. Sinon, on déchire le vêtement neuf, sans que le morceau pris à l’habit neuf convienne au vieux. 37Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres : sinon le vin nouveau crève les outres, se répand, et les outres sont perdues. 38Mais le vin nouveau doit se mettre en des outres neuves. 39Personne aussi, après avoir bu du vin vieux, n’en veut du nouveau : le vieux vin est meilleur, dit-on. » 14Sur la lèpre et son impureté, voir note en Mt 8.2. 26Enthousiasme : litt. : ils furent hors d’eux-mêmes, d’où l’autre traduction possible : ils furent saisis de stupeur. 27Sur Lévi : voir Mc 2.14 et note. 30Les publicains sont méprisés (cf. Lc 3.12) et les pharisiens considèrent comme pécheurs ceux qui ne respectent pas la Loi, notamment les pratiques rituelles. 34Les invités de la noce : voir Mt 9.15 et note.

6 1Un jour de sabbat, Jésus traversait les champs, et ses disciples arrachaient des épis et les mangeaient après les avoir froissés dans les mains. 2Quelques pharisiens dirent : « Pourquoi faites-vous une chose interdite le jour du sabbat ? » 3Jésus répondit : « N’avez-vous donc pas lu ce que fit David un jour qu’il eut faim, lui et ses gens ? 4Il entra dans la maison de Dieu, prit les pains d’oblation, en mangea et en offrit à ses gens, alors qu’il n’est permis qu’aux prêtres seuls d’en manger. » 5Il ajouta : « Le Fils de l’Homme est maître du sabbat. » 6Un autre jour de sabbat, Jésus était entré dans la synagogue et enseignait. Il s’y trouvait un homme dont la main droite était raide. 7Or, les scribes et les pharisiens épiaient Jésus pour voir s’il opérerait une guérison le jour du sabbat. Ils auraient ainsi prétexte à l’accuser. 8Mais il connaissait leurs pensées, et il dit à l’homme qui avait la main raide : « Lève-toi et tiens-toi là au milieu. » Il se leva et se tint debout. 9« Je vous le demande, leur dit alors Jésus, a-t-on le droit, le jour du sabbat, de faire du bien ou du mal, de sauver une vie ou de l’ôter ? » 10Promenant alors les regards sur eux tous, il dit à l’homme : « Étends la main. » Il le fit, et sa main fut rétablie. 11Mais eux, remplis de fureur, se consultaient sur ce qu’ils pourraient faire à Jésus. 12En ces jours-là, Jésus se rendit sur la montagne pour prier, et il y passa toute la nuit à prier Dieu. 13Au point du jour, il appela ses disciples, et il en choisit douze, auxquels il donna le nom d’apôtres : 14Simon, qu’il nomma Pierre, André son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélemy, 15Matthieu, Thomas, Jacques fils d’Alphée, Simon dit le Zélote, 16Jude fils de Jacques et Judas Iscariote, celui qui fut le traître. 17Il descendit avec eux et fit halte sur un plateau. Là se trouvaient un grand nombre de ses disciples et une grande foule de gens de toute la Judée, de Jérusalem, du littoral de Tyr et de Sidon, 18venus pour l’entendre et se faire guérir de leurs maladies. Ceux que tourmentaient des esprits impurs étaient aussi délivrés. 19Tout le monde cherchait à le toucher, parce qu’une force émanait de lui, qui les guérissait tous. 20Alors il leva les yeux sur ses disciples, et dit :« Heureux vous qui êtes pauvres : le royaume de Dieu est à vous ! 21Heureux vous qui avez faim maintenant : vous serez rassasiés !Heureux vous qui pleurez maintenant : vous serez dans la joie ! 22Heureux serez-vous quand on vous haïra, quand on vous chassera, quand on vous outragera, quand on rejettera votre nom comme infâme à cause du Fils de l’Homme ! 23Réjouissez-vous en ce jour-là, et soyez dans l’allégresse : votre récompense sera grande dans le ciel ; car c’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes. 24Mais hélas pour vous, les riches : vous avez votre consolation ! 25Hélas pour vous qui êtes maintenant rassasiés : vous aurez faim !Hélas pour vous qui riez maintenant : vous serez dans le deuil et les larmes ! 26Hélas quand tout le monde dira du bien de vous ; car c’est ainsi que leurs pères traitaient les faux prophètes ! 27« Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, 28bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous outragent. 29À celui qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre ; à celui qui t’enlève ton manteau, ne dispute pas ta tunique. 30Donne à quiconque te demande et, si quelqu’un te ravit ton bien, ne le réclame point. 31Ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-le leur. 32Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. 33Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs le font aussi. 34Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Des pécheurs aussi prêtent à des pécheurs, dans l’espoir d’en recevoir l’équivalent. 35Au contraire, aimez vos ennemis, faites le bien, et prêtez sans rien espérer. Votre récompense sera grande ; vous serez ainsi les fils du Très-Haut, qui est bon pour les ingrats et pour les méchants. 36« Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux. 37Ne jugez point, et vous ne serez point jugés ; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés ; pardonnez, et on vous pardonnera ; 38donnez et on vous donnera. On versera dans votre sein une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, car on mesurera pour vous avec la mesure dont vous vous serez servis. » 39Il leur proposa cette comparaison : « Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans le fossé ? 40Il n’y a pas de disciple au-dessus du maître, mais tout disciple accompli sera comme son maître. 41« Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans le tien ? 42Comment peux-tu lui dire : Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, alors que tu ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil, et ensuite, tu y verras pour ôter la paille de l’œil de ton frère. 43« Il n’y a pas de bon arbre qui porte de mauvais fruit, pas non plus de mauvais arbre qui porte de bon fruit. 44Chaque arbre se juge à son fruit. On ne cueille pas de figues sur les épines, ni de raisins sur les ronces. 45L’homme bon tire le bien du bon trésor de son cœur, et le méchant tire le mal de son mauvais trésor ; car ce qui déborde du cœur jaillit aux lèvres. 46« Pourquoi m’appelez-vous Seigneur, Seigneur, et ne faites-vous pas ce que je dis ? 47« Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous indiquer à qui il ressemble. 48Il est semblable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé bien profond et posé les fondations sur le roc. Au moment de la crue, le torrent s’est précipité contre cette maison, sans pouvoir l’ébranler, car elle était bien bâtie. 49Mais celui qui écoute et ne met pas en pratique est semblable à un homme qui a bâti une maison sur la terre meuble, sans fondations. Le torrent s’est rué contre elle, et soudain elle s’est écroulée ; et grande fut la ruine de cette maison. » 2Chose interdite : voir Mt 12.2 et note. 4Pains d’oblation : voir Mt 12.4 et note. 38Votre sein : le repli de votre manteau.

7 1Quand il eut fini de faire entendre au peuple toutes ses maximes, Jésus entra dans Capharnaüm. 2Or, un centurion avait un serviteur malade et près de mourir, auquel il tenait beaucoup. 3Ayant entendu parler de Jésus, il lui envoya quelques anciens des Juifs, pour le prier de venir sauver la vie de son serviteur. 4Arrivés auprès de Jésus, ils lui adressèrent une instante prière : « Il mérite bien que tu lui accordes cela : 5il aime notre peuple, et c’est lui qui nous a bâti la synagogue. » 6Jésus les accompagna. Il n’était pas loin de la maison, quand le centurion lui dépêcha des amis pour lui dire : « Seigneur, ne te dérange pas, car je ne suis pas à même de te recevoir sous mon toit. 7Aussi ne me suis-je pas jugé digne de venir moi-même à toi. Dis un mot seulement, et mon serviteur sera guéri. 8Car moi, simple subalterne, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : Va ! et il va ; à un autre : Viens ! et il vient ; et à mon serviteur : Fais cela ! et il le fait. » 9À ces paroles, Jésus l’admira ; il se retourna et dit à la foule qui le suivait : « Je vous le déclare, même en Israël, je n’ai pas trouvé une aussi grande foi. » 10À leur retour à la maison du centurion, les envoyés trouvèrent le serviteur en bonne santé. 11Jésus se rendit ensuite à une ville appelée Naïn : ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. 12Comme il approchait de la porte de la ville, voici qu’on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve ; et une foule considérable de gens de la ville accompagnait cette femme. 13À sa vue, le Seigneur fut ému de pitié pour elle et lui dit : « Ne pleure point ! » 14Il s’approcha, toucha le cercueil (les porteurs s’étaient arrêtés) et dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » 15Le mort se redressa sur son séant et se mit à parler. Et Jésus le remit à sa mère. 16Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu : « Un grand prophète a surgi parmi nous », disaient-ils, et encore : « Dieu a visité son peuple. » 17Ce propos sur Jésus fit son chemin dans la Judée entière et dans tout le pays d’alentour. 18Les disciples de Jean l’informèrent de toutes ces choses. Convoquant alors deux de ses disciples, Jean 19les envoya dire au Seigneur : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » 20Arrivés près de Jésus, ils dirent : « Jean-Baptiste nous envoie te demander : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » 21À ce moment, Jésus guérit plusieurs personnes de maladies, d’infirmités et d’esprits malins, et rendit la vue à plusieurs aveugles. 22Puis il leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : des aveugles voient, des boiteux marchent, des lépreux sont guéris, des sourds entendent, des morts ressuscitent, l’Évangile est annoncé aux pauvres ; 23heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! » 24Quand les messagers de Jean furent partis, Jésus se mit à dire à la foule au sujet de Jean : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ? 25Mais qu’êtes-vous allés voir ? un homme vêtu d’habits mœlleux ? Mais ceux qui portent des vêtements précieux et vivent dans le luxe habitent les palais. 26Mais enfin, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète. 27C’est celui dont il est écrit : Voici que j’envoie mon messager devant toi te préparer la route (Mal 3.1). 28Je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n’en est pas de plus grand que Jean. Cependant le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui. 29Tout le peuple qui l’a entendu, même les publicains, ont donné raison à Dieu en se faisant baptiser du baptême de Jean ; 30mais les pharisiens et les légistes, en refusant son baptême, ont anéanti le dessein de Dieu à leur égard. 31« À qui donc vais-je comparer les hommes de cette génération ? à qui ressemblent-ils ? 32Ils ressemblent aux gamins qui se tiennent sur la place et se disent l’un à l’autre : Nous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ; nous avons chanté des complaintes, et vous n’avez pas pleuré. 33Car Jean-Baptiste est venu : il ne mange pas de pain, il ne boit pas de vin, et vous dites : Il est possédé. 34Le Fils de l’Homme est venu : il mange et boit, et vous dites : C’est un mangeur et un buveur, un ami des publicains et des pécheurs. 35Mais la sagesse a été justifiée par tous ses enfants. » 36Un pharisien pria Jésus de dîner avec lui. Jésus se rendit chez lui et se mit à table. 37Or il y avait une femme, connue de la ville comme pécheresse. Apprenant qu’il dînait chez le pharisien, elle prit une fiole de parfum, 38et vint se placer en retrait, à sangloter aux pieds de Jésus. Bientôt ses larmes coulèrent sur les pieds du Seigneur ; elle les essuyait de ses cheveux, les baisait et y répandait du parfum. 39À cette vue, le pharisien, son hôte, se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait bien quelle est cette femme qui le touche, et que c’est une pécheresse. » 40Alors Jésus lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. » — « Parle, Maître », dit-il. 41« Un créancier avait deux débiteurs ; l’un devait cinq cents deniers, l’autre cinquante. 42Comme ils n’avaient pas de quoi payer, il remit à tous deux leur dette. Lequel d’entre eux l’aimera davantage ? » 43Simon répondit : « Celui, je suppose, auquel il a remis davantage. » Jésus reprit : « Tu as bien jugé. » 44Et se tournant vers la femme, il dit à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré chez toi, et tu ne m’as point versé d’eau sur les pieds ; tandis qu’elle me les a mouillés de ses larmes, et essuyés de ses cheveux. 45Tu ne m’as point donné de baiser ; tandis qu’elle n’a cessé, depuis qu’elle est entrée, de me baiser les pieds. 46Tu ne m’as point versé d’huile sur la tête ; tandis qu’elle m’a versé son parfum sur les pieds. 47Aussi, je te le déclare, ses nombreux péchés sont pardonnés, puisqu’elle a témoigné beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu, aime peu. » 48Puis il dit à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. » 49Les convives se dirent alors : « Qui donc est cet homme qui ose pardonner les péchés ? » 50Mais Jésus dit à la femme : « Ta foi t’a sauvée, va en paix. » 24Un roseau : un homme faible et inconstant. 35Les enfants de la sagesse, les enfants de Dieu reconnaissent les signes du Royaume dans les oeuvres de Jésus.

8 1Ensuite, Jésus parcourait villes et villages, annonçant la bonne nouvelle du royaume de Dieu. Les Douze étaient avec lui, 2et quelques femmes qu’il avait délivrées d’esprits malins ou de maladies : Marie, dite de Magdala, dont étaient sortis sept démons, 3Jeanne, femme de Chuza, intendant d’Hérode, Suzanne, et plusieurs autres encore qui les assistaient de leurs biens. 4Comme une grande foule se rassemblait et que les gens des villes ne cessaient d’affluer autour de lui, Jésus leur dit cette parabole : 5« Le Semeur sortit pour jeter sa semence. Tandis qu’il semait, une partie de la graine tomba le long du chemin ; elle fut piétinée et les oiseaux la mangèrent. 6Une autre tomba sur la rocaille : elle leva, mais sécha, faute d’humidité. 7Une autre tomba parmi les ronces : les ronces poussèrent avec elle et l’étouffèrent. 8Une autre enfin tomba dans la bonne terre : elle leva et donna du fruit, cent pour un. » Ce disant, il ajoutait en élevant la voix : « À bon entendeur d’entendre ! » 9Ses disciples lui demandèrent le sens de cette parabole. 10Il répondit : « À vous il est donné de connaître les secrets du royaume de Dieu, mais les autres ne les reçoivent qu’en paraboles : si bien qu’ils regardent sans y voir et qu’ils écoutent sans rien y entendre. 11Voici le sens de la parabole : La semence, c’est la parole de Dieu. 12Le long du chemin, figure les auditeurs chez qui survient ensuite le diable, qui leur ôte du cœur la parole, pour les empêcher d’être sauvés par la foi. 13La rocaille figure les auditeurs qui écoutent volontiers la parole ; mais, faute de racines, ils ne croient que pour peu de temps : survienne l’épreuve, ils abandonnent. 14La graine tombée parmi les ronces figure la parole parmi les auditeurs qui, chemin faisant, se laissent étouffer par les soucis, les richesses et les plaisirs du monde, et n’arrivent point à maturité. 15La bonne terre figure ceux qui écoutent la parole en d’excellentes dispositions, s’en pénètrent et portent du fruit par la persévérance. 16« Personne n’allume la lampe pour la couvrir d’un récipient ou la mettre sous un lit ; mais on la pose sur un lampadaire, afin que les visiteurs y voient clair. 17Car il n’est rien de caché qui ne finisse par être mis en lumière, rien de secret qui ne finisse par être connu et tiré au clair. 18Aussi prenez garde à la manière dont vous écoutez : car à celui qui a, on donnera, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il semble avoir. » 19La mère et les frères de Jésus vinrent le trouver, mais ils n’arrivaient pas à l’atteindre à cause de la cohue. 20On lui dit : « Ta mère et tes frères sont là dehors et désirent te voir. » 21Et lui de répondre : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. » 22Un jour, il monta dans une barque avec ses disciples. « Passons, leur dit-il, de l’autre côté du lac. » Et ils gagnèrent le large. 23Pendant qu’ils voguaient, Jésus s’endormit. Une tornade s’abattit sur le lac, au point qu’ils faisaient eau et se trouvaient en péril. 24Ils viennent à lui, le réveillent : « Maître, Maître ! s’écrient-ils, nous périssons ! » Il se leva, gourmanda le vent et le tumulte des eaux ; ils s’apaisèrent, et le calme se fit. 25Puis il leur dit : « Où est votre foi ? » Saisis de respect et d’étonnement, ils se disaient l’un à l’autre : « Qui est-il donc, pour commander aux vents et à l’eau, et s’en faire obéir ? » 26Ils abordèrent au pays des Géraséniens qui fait face à la Galilée. 27Comme Jésus mettait pied à terre, s’avança vers lui un homme de l’endroit, possédé de plusieurs démons ; depuis longtemps il ne s’habillait plus ; il n’habitait pas de maison, mais demeurait dans le cimetière. 28À la vue de Jésus, il se mit à hurler, se jeta à ses pieds et dit d’une voix forte : « Pourquoi t’occuper de moi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? De grâce, ne me torture pas ! » 29Car Jésus intimait à l’esprit impur l’ordre de sortir de cet homme. À maintes reprises il l’avait entraîné et, bien qu’on eût gardé le malheureux lié de chaînes et les entraves aux pieds, il rompait alors ses liens, et le démon le poussait dans les solitudes. 30Jésus l’interrogea : « Ton nom ? » Il répondit : « Légion ! » car plusieurs démons l’avaient envahi. 31Et ils suppliaient Jésus de ne pas les envoyer à l’abîme. 32Or, il y avait là dans la montagne un troupeau de porcs qui paissaient. Les démons le supplièrent de leur permettre d’entrer dans ces pourceaux. Il y consentit. 33Ils sortirent de l’homme, entrèrent dans les pourceaux et le troupeau se précipita du haut de la falaise dans le lac et s’y noya. 34À cette vue, les gardiens s’enfuirent et racontèrent la nouvelle en ville et dans les campagnes. 35Et les gens de sortir pour voir ce qui s’était passé. Ils vinrent à Jésus et trouvèrent assis à ses pieds, calme et vêtu, l’homme de qui les démons étaient sortis. Remplis de crainte, 36ils entendirent des témoins le récit de la guérison du possédé. 37Tous les habitants du pays des Géraséniens prièrent alors Jésus de s’éloigner d’eux, tant ils étaient épouvantés. Jésus remonta donc dans la barque pour s’en retourner. 38À ce moment, l’homme que les démons avaient quitté vint le prier de le garder avec lui, mais Jésus le congédia : 39« Retourne chez toi, dit-il, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Il s’en alla donc et publia dans tout le pays les grandes choses que Jésus avait faites pour lui. 40À son retour, Jésus fut accueilli par la foule, car tout le monde était à l’attendre. 41Survint alors un homme du nom de Jaïre, qui était chef de la synagogue. Il vint se jeter aux pieds de Jésus, et le pria de venir chez lui, 42car sa fille unique, âgée de douze ans, se mourait. En cours de route, la foule serrait Jésus à l’étouffer. 43Or une femme, affligée depuis douze ans d’une perte de sang, et que personne n’avait pu guérir, 44s’approcha de lui par derrière et saisit la houppe de son manteau ; instantanément, son flux de sang s’arrêta. 45Jésus dit : « Qui m’a touché ? » Comme tous s’en défendaient, Pierre lui dit : « Maître, la foule te presse et t’écrase … » 46Jésus reprit : « Quelqu’un m’a touché, car j’ai senti qu’une force sortait de moi. » 47Se voyant découverte, la femme vint en tremblant se jeter à ses pieds et expliqua devant tout le monde pourquoi elle l’avait touché, et comment à l’instant même elle avait été guérie. 48« Ma fille, lui dit Jésus, ta foi t’a sauvée ; va en paix. » 49Il parlait encore qu’on vint de chez le chef de la synagogue pour lui dire : « Ta fille vient de mourir ; il ne faut pas importuner le Maître. » 50Mais Jésus l’entendit : « Ne crains pas, dit-il, crois seulement, et elle sera sauvée. » 51Arrivé à la maison, il ne laissa personne entrer avec lui, sinon Pierre, Jean et Jacques, ainsi que le père et la mère de l’enfant. 52Tout le monde pleurait et se lamentait sur elle. « Ne pleurez pas, dit Jésus, elle n’est pas morte, elle dort. » 53Et ils se moquaient de lui, sachant bien qu’elle était morte. 54Mais il la prit par la main et dit à haute voix : « Enfant, lève-toi ! » 55Le souffle lui revint, et elle se leva sur-le-champ. Jésus lui fit donner à manger. 56Ses parents restèrent stupéfaits, et Jésus leur recommanda bien de n’en rien dire à personne. 2Il n’y a pas lieu d’identifier Marie de Magdala et la pécheresse du chapitre précédent. 18Ce verset se rattache au verset 15. Comparer Mt 13.12 et la note. 19Le mot frère peut s’entendre, en milieu sémitique, dans le sens de cousin ou proche parent.

9 1Jésus réunit les Douze ; il leur donna puissance et autorité sur tous les démons, avec le pouvoir de guérir les maladies. 2Il les envoya proclamer le royaume de Dieu et soigner les infirmes. 3Il leur dit : « Ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, ni un second vêtement. 4Dans quelque maison que vous entriez, demeurez-y jusqu’à ce que vous quittiez la localité. 5Là où vous ne serez pas reçus, quittez cette ville et, en témoignage contre eux, secouez la poussière de vos pieds. » 6Ils partirent, et ils allèrent de village en village, annonçant la bonne nouvelle et guérissant partout les malades. 7Hérode le tétrarque entendit parler de tout ce qui se passait ; il ne savait que penser, car les uns disaient : « Jean est ressuscité des morts » ; 8d’autres : « Élie est reparu » ; d’autres encore : « C’est un des anciens prophètes qui est ressuscité. » 9Mais Hérode disait : « Jean, je l’ai fait décapiter. Qui est donc cet homme dont j’entends dire de telles choses ? » Et il cherchait à le voir. 10Les apôtres, à leur tour, racontèrent à Jésus tout ce qu’ils avaient fait. Il les prit avec lui et se retira à l’écart, du côté de Bethsaïde. 11La foule l’apprit, et le suivit ; Jésus leur fit bon accueil et leur parla du royaume de Dieu. Il rendit aussi la santé aux malades. 12Le jour commençait à baisser, et les Douze vinrent lui dire : « Congédie ces gens, afin qu’ils aillent dans les villages et les fermes d’alentour chercher le vivre et le couvert : car ici où nous sommes, il n’y a rien. » 13Jésus leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » — « Nous n’avons que cinq pains et deux poissons, dirent-ils, à moins d’aller nous-mêmes acheter des vivres pour tout le monde. » 14(Il y avait là environ cinq mille hommes.) Jésus dit aux disciples : « Faites-les s’étendre par groupes de 50. » 15Ce qui fut fait, et tout le monde s’étendit. 16Alors Jésus prit les cinq pains et les deux poissons ; il leva les yeux au ciel, bénit les pains et les deux poissons, les rompit et les donna aux disciples pour les servir à la foule. 17Tous mangèrent à satiété ; et l’on recueillit dans douze corbeilles les morceaux qui restaient. 18Un jour qu’il priait à l’écart accompagné de ses disciples, il leur posa cette question : « Qui suis-je, au dire des gens ? » 19Ils répondirent : « Jean-Baptiste ; pour d’autres, Élie ; d’autres encore pensent qu’un des anciens prophètes est ressuscité. » — 20« Et d’après vous, leur demanda-t-il, qui suis-je ? » Pierre prit la parole : « Le Christ de Dieu », dit-il. 21Jésus leur défendit sévèrement de le dire à personne. 22Il ajouta : « Le Fils de l’Homme doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes ; il doit être mis à mort, et ressusciter le troisième jour. » 23Puis, s’adressant à tout le monde : « Si quelqu’un, dit-il, veut marcher à ma suite, il doit se renoncer lui-même, porter chaque jour sa croix, et me suivre. 24Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi, la sauvera. 25Que servirait-il à un homme de gagner l’univers, s’il venait à se perdre lui-même et à causer sa propre ruine ? 26Et si quelqu’un a honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’Homme aura honte de lui, quand il reviendra dans sa gloire, dans celle du Père et des saints anges. 27Je vous le dis en vérité, il en est ici même qui ne connaîtront point la mort, qu’ils n’aient vu le règne de Dieu. » 28Huit jours environ s’écoulèrent après cet entretien, puis Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques et monta prier sur la montagne. 29Tandis qu’il priait, son visage se transforma, et ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante. 30Et voici que deux personnages s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, 31qui, apparaissant dans la Gloire, parlaient de son trépas, qu’il devait accomplir à Jérusalem. 32Pierre et ses deux compagnons étaient alourdis de sommeil ; se tenant pourtant éveillés, ils virent la gloire de Jésus et les deux personnages qui se tenaient près de lui. 33Au moment où ils se séparaient de Jésus, Pierre lui dit : « Maître, il est heureux que nous soyons ici : nous pourrions dresser trois abris, un pour toi, un pour Moïse et un pour Élie. » Il ne savait ce qu’il disait. 34Il parlait encore qu’une nuée vint les couvrir, et les disciples furent saisis de frayeur en les voyant disparaître dans la nuée. 35Alors, de la nuée, sortit une voix : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » 36Et, pendant que la voix retentissait, Jésus se trouva seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu. 37Le lendemain, lorsqu’ils furent descendus de la montagne, une grande foule vint au-devant de Jésus. 38Et du milieu de cette foule, un homme s’écria : « Maître, je t’en prie, jette les yeux sur mon fils, car c’est mon seul enfant. 39Un esprit se saisit de lui et voilà qu’il se met à hurler, et l’esprit le secoue violemment, le fait écumer, et c’est tout juste alors s’il le quitte en le laissant tout pantelant. 40J’ai prié tes disciples de l’expulser, mais ils ne l’ont pu. » 41Jésus répondit : « Race incrédule et perverse, jusques à quand devrai-je rester parmi vous et vous supporter ? Amène ici ton fils. » 42Et comme il approchait, le démon le jeta sur le sol et le secoua de convulsions. Mais Jésus menaça l’esprit impur, guérit l’enfant et le remit à son père. 43Et tous restaient saisis de la grandeur de Dieu.Comme tous étaient dans l’admiration de ce que faisait Jésus, il dit à ses disciples : 44« Pour vous, mettez-vous bien en tête ce que je vais vous dire : le Fils de l’Homme sera bientôt livré entre les mains des hommes. » 45Mais les disciples restaient fermés à cette parole ; elle était voilée pour eux, de sorte qu’ils n’en saisissaient pas le sens. Et ils n’osaient l’interroger à ce propos. 46Une question se posa dans leur esprit : lequel d’entre eux pouvait être le plus grand. 47Mais Jésus connaissait la pensée de leur cœur ; il prit un petit enfant, le tint contre lui et leur dit : 48« Celui qui reçoit, en mon honneur, ce petit enfant, me reçoit ; et quiconque me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé. Car le plus petit de vous tous, c’est lui qui est grand. » 49Jean prit alors la parole : « Maître, dit-il, nous avons vu un homme qui chasse les démons en ton nom, et nous sommes intervenus pour l’en empêcher, parce qu’il n’est pas des nôtres. » 50Jésus lui dit : « Il ne faut pas l’en empêcher : qui n’est pas contre vous, est pour vous. » 51Comme le temps où Jésus devait être enlevé de ce monde approchait, il prit résolument la direction de Jérusalem. 52Il envoya devant lui des messagers, qui entrèrent dans un bourg des Samaritains, pour lui préparer un gîte. 53On ne le reçut pas, parce qu’il marchait en direction de Jérusalem. 54Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean intervinrent : « Seigneur, veux-tu que nous commandions au feu du ciel de descendre les anéantir ? » 55Jésus se retourna et les reprit sévèrement. (« Vous ne savez, dit-il, de quel esprit vous êtes animés. 56Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour perdre des vies humaines, mais en sauver.) » Et ils allèrent dans un autre village. 57Pendant qu’ils faisaient route, un homme vint lui dire : « Je voudrais te suivre, partout où tu iras. » 58Jésus lui répondit : « Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’Homme n’a pas où reposer la tête. » 59Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-là répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père. » 60Mais Jésus lui dit : « Laisse les morts ensevelir leurs morts ; pour toi, va porter la nouvelle du royaume de Dieu. » 61Un autre encore lui dit : « Seigneur, je te suivrai ; mais permets-moi d’aller d’abord prendre congé des miens. » 62Jésus lui répondit : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas propre au royaume de Dieu. » 5Geste signifiant la rupture des relations. 17L’Évangile de Luc ne mentionne pas le second miracle des pains. 27Voir note en Mt 16.28. 53L’hostilité habituelle des Samaritains envers les Juifs se concentrait facilement sur les pèlerins de Jérusalem. 56Beaucoup de manuscrits omettent le passage entre parenthèses.

10 1Après cela, le Seigneur désigna encore septante-deux autres disciples qu’il envoya deux à deux devant lui, dans toutes les villes et toutes les localités où lui-même devait aller. 2Il leur dit : « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. 3Allez ; je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. 4Ne prenez ni bourse ni sac ni chaussures, et ne visitez personne en chemin. 5Où que vous entriez, dites d’abord : Paix à cette maison ! 6S’il se trouve là un homme pacifique, la paix de votre souhait reposera sur lui ; sinon, elle vous reviendra. 7Demeurez dans cette maison-là ; mangez et buvez ce qu’on vous donnera, car l’ouvrier mérite son salaire. Mais n’allez point de maison en maison. 8Si vous entrez dans une ville où l’on vous accueille, mangez ce qu’on vous présentera. 9Guérissez les malades qui s’y trouveront, et dites-leur : Le royaume de Dieu est proche de vous. 10Mais, si vous entrez dans une ville où l’on ne vous accueille pas, sortez sur la place publique et dites : 11La poussière même de votre ville qui nous colle aux pieds, nous l’en raclons pour vous la laisser ; sachez pourtant que le royaume de Dieu est proche. 12Je vous dis qu’en ce jour-là il y aura moins de rigueur pour Sodome que pour cette ville. 13« Hélas pour toi, Corazin ! Hélas pour toi, Bethsaïde : car, si l’on avait fait à Tyr et à Sidon les miracles accomplis chez vous, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties, vêtues de bure et assises dans la cendre. 14C’est pourquoi, au jour du jugement, il y aura moins de rigueur pour Tyr et Sidon que pour vous. 15Et toi, Capharnaüm, vas-tu donc être élevée jusqu’au ciel ? Non, tu seras précipitée jusque dans les enfers. 16« Qui vous écoute, m’écoute, qui vous rejette, me rejette ; et celui qui me rejette, rejette celui qui m’a envoyé. » 17Les Douze revinrent tout joyeux : « Seigneur, disaient-ils, même les démons nous obéissent en ton nom. » 18Jésus leur dit : « Je voyais tomber Satan comme la foudre du ciel. 19Aussi bien vous ai-je donné le pouvoir de marcher impunément sur les serpents et les scorpions, et sur toute la puissance de l’ennemi, et rien ne pourra vous faire du mal. 20Seulement, au lieu de vous féliciter de ce que les esprits vous soient soumis, félicitez-vous plutôt de ce que vos noms se trouvent écrits dans les cieux. » 21À ce moment-là, Jésus tressaillit de joie dans le Saint-Esprit, et il dit : « Je te bénis, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que, tout en cachant ces choses aux sages et aux intelligents, tu les as découvertes aux tout petits. Oui, Père, je te bénis de ce que tel a été ton bon plaisir. 22Toutes choses m’ont été remises par mon Père. Nul ne connaît qui est le Fils, sinon le Père, ni qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler. » 23Puis, se tournant vers ses disciples, il leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! 24Je vous le déclare : Beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu ; entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu. » 25Un légiste se leva et lui dit pour l’éprouver : « Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ? » 26Jésus lui dit : « Qu’est-il écrit dans la loi ? Qu’y lis-tu ? » 27Il répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée (Dt 6.5) ; et ton prochain comme toi-même (Lv 19.18). » 28Jésus lui dit : « Bien répondu ; fais cela, et tu vivras. » 29Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Oui, mais qui est mon prochain ? » 30Jésus reprit : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba entre les mains de brigands, qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s’en allèrent, le laissant à demi mort. 31Par hasard, un prêtre descendait la même route ; il vit l’homme, et passa outre. 32Un lévite arriva sur les lieux, le vit, et passa outre. 33Mais un Samaritain en voyage, arrivé près de lui, fut, à sa vue, touché de compassion. 34Il s’approcha, et banda ses plaies en y versant de l’huile et du vin ; puis il le jucha sur sa propre monture, et le conduisit dans une auberge où il s’occupa de lui. 35Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l’hôtelier : Prends soin de lui, dit-il, et si tu as des frais supplémentaires, je te paierai lors de mon retour. 36Lequel de ces trois hommes te semble avoir été le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des brigands ? » — 37« C’est, répondit le légiste, celui qui s’est montré pitoyable envers lui. » — « Eh bien ! lui dit Jésus, toi aussi fais de même. » 38Ils étaient en voyage, et Jésus entra dans un village. Là, une femme, nommée Marthe, le reçut chez elle. 39Elle avait une sœur, du nom de Marie, qui s’assit aux pieds du Seigneur pour l’écouter parler. 40Survint Marthe, fort affairée par les soins du ménage : « Seigneur, dit-elle, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse faire seule tout le service ? Dis-lui donc de m’aider. » 41Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses, 42alors qu’une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée. » 172 disciples : beaucoup de manuscrits portent 70. Il s’agit du nombre des nations païennes mentionnées en Gn 10 : 70 selon le texte hébreu ou 72 selon le grec. 5Paix : c’est le salut coutumier des Juifs, notre « bonjour », mais qui garde son sens de souhait profond de bonheur, de la paix que Dieu seul donne. 8Ne vous souciez pas d’éviter les aliments considérés comme impurs. Comparer 1 Co 10.27. 12Ce jour-là : le jour du jugement. 19L’ennemi : le démon. 22Ce verset a un style et une pensée très semblables à ceux de l’Évangile de Jean ; voir Jn 3.35 ; Jn 10.15. 42Variante : il ne faut pourtant que peu de choses, une seule même. De ce qui est nécessaire pour le repas — peu de choses —, Jésus passe à l’unique nécessaire.

11 1Jésus priait en un certain lieu. Lorsqu’il eut achevé, un de ses disciples lui dit : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a fait à ses disciples. » 2Il leur dit : « Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; 3donne-nous notre pain de chaque jour, nécessaire à notre entretien ; 4remets-nous nos fautes, puisque, nous aussi, nous remettons à quiconque nous doit ; et ne nous soumets pas à la tentation. » 5Il leur dit encore : « Si l’un de vous va trouver son ami, au milieu de la nuit, pour lui dire : Ami, prête-moi trois pains, 6car un de mes amis vient d’arriver de voyage et je n’ai rien à lui offrir ; 7et si de l’intérieur l’autre lui répond : Laisse-moi tranquille. La porte est déjà fermée, nous sommes au lit, mes enfants et moi. Je ne puis me lever pour te donner des pains ; 8eh bien, je vous le dis, quand même il ne se lèverait pas pour les lui donner par amitié, à cause de son importunité il se lèvera, et lui en donnera tant qu’il en a besoin. 9« Et moi je vous dis : Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. 10Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à celui qui frappe on ouvre. 11Si un fils demande du pain, quel est parmi vous le père qui lui donnerait un caillou ? S’il demande du poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu du poisson ? 12S’il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? 13Si donc vous, tout mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père du ciel donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent. » 14Jésus chassait un démon, qui rendait muet. Lorsque le démon fut sorti, le muet parla, et la foule fut dans l’admiration. 15Mais quelques-uns dirent : « C’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il chasse les démons. » 16D’autres, pour le mettre à l’épreuve, lui demandaient un signe venant du ciel. 17Mais Jésus connaissait leurs pensées, et leur dit : « Tout royaume en lutte contre lui-même se dépeuple et ses édifices croulent les uns sur les autres. 18Si donc Satan lutte contre lui-même, comment son royaume subsistera-t-il ? Vous prétendez, en effet, que c’est par Béelzéboul que je chasse les démons. 19« Et si, moi, je chasse les démons par Béelzéboul, vos fils, par qui les chassent-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges ! 20Mais, si c’est par le doigt de Dieu que je les chasse, le royaume de Dieu vous est donc parvenu. 21Tant qu’un homme fort et bien armé veille sur son château, son bien est en sûreté. 22Mais qu’il en survienne un plus fort que lui, il le maîtrise, lui enlève l’arsenal sur lequel il comptait, et distribue ses dépouilles. 23Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’amasse pas avec moi, disperse. 24« Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il hante les lieux arides, en quête de repos, faute d’en trouver, il se dit : Je vais regagner ma maison d’où je suis sorti. 25Mais à son retour il la trouve nettoyée et meublée. 26Il va s’adjoindre alors sept autres esprits encore plus méchants que lui ; ils envahissent la demeure et s’y installent, et la condition finale de cet homme est pire que la première. » 27Pendant que Jésus parlait ainsi, du milieu du peuple une femme éleva la voix : « Heureux le sein qui t’a porté ! s’écria-t-elle ; heureuses les mamelles qui t’ont allaité ! » 28Et Jésus de répondre : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique ! » 29Comme la foule grossissait, il prit la parole : « Cette engeance, dit-il, est une mauvaise engeance. Elle exige un signe, mais elle n’obtiendra d’autre signe que celui de Jonas. 30Car de même que Jonas servit de signe pour les gens de Ninive, ainsi le Fils de l’Homme en sera un pour cette race. 31Au jour du jugement, la reine du Midi se lèvera pour faire condamner les hommes de cette race, parce qu’elle est venue des confins de la terre entendre la sagesse de Salomon. Or il y a ici plus que Salomon ! 32Au jour du jugement, les gens de Ninive se lèveront pour faire condamner cette race, parce qu’ils ont fait pénitence à la voix de Jonas. Or il y a ici plus que Jonas ! 33« Personne n’allume une lampe pour la mettre dans un réduit ou sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire afin d’éclairer les visiteurs. 34La lampe du corps, c’est ton œil. Ton œil est-il sain, tout ton corps est bien éclairé ; est-il malade, ton corps est dans les ténèbres. 35Ainsi, prends garde que ta lumière ne soit ténèbres. 36Si donc tout ton corps est dans la lumière, sans mélange d’obscurité, il sera entièrement éclairé, comme sous la brillante clarté d’une lampe. » 37Sur ces propos, un pharisien l’invita à dîner chez lui. Il entra, et se mit à table. 38Mais le pharisien fut choqué de ce qu’il n’ait pas fait d’ablutions avant de dîner. 39Le Seigneur lui dit : « Ainsi donc, vous autres, pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat ; mais au dedans, vous êtes remplis de rapacité et de méchanceté ! 40Insensés ! celui qui a fait le dehors, n’a-t-il pas fait aussi le dedans ? 41Donnez plutôt l’aumône selon vos moyens, et toutes choses seront pures pour vous. 42« Mais hélas pour vous, pharisiens ! Vous payez la dîme de la menthe, de la rue et du moindre légume, et vous négligez la justice et l’amour de Dieu. Voilà ce qu’il fallait faire, sans négliger le reste pour autant. 43« Hélas pour vous, pharisiens ! Vous tenez aux places d’honneur dans les synagogues, aux salutations sur les places publiques ! 44« Hélas pour vous ! car vous ressemblez à des sépulcres que rien ne signale, et sur lesquels les gens marchent sans le savoir. » 45Un des légistes prit alors la parole : « Maître, dit-il, en parlant de la sorte, tu nous outrages aussi. » 46Jésus reprit : « Pour vous aussi, légistes, hélas ! Vous chargez les hommes de fardeaux encombrants, et vous-mêmes, vous n’y mettez pas le doigt. 47« Hélas pour vous ! car vous édifiez des tombeaux pour les prophètes que vos pères ont fait mourir. 48Vous servez ainsi de témoins aux œuvres de vos pères, et vous les approuvez ; car eux les ont tués, et vous, vous leur élevez des tombeaux. 49C’est pourquoi la Sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres ; ils feront mourir les uns, et persécuteront les autres. 50Et ainsi l’on demandera compte à cette engeance du sang de tous les prophètes, qui a été répandu depuis la création du monde, 51depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie, qui fut assassiné entre l’autel et le temple. Oui, vous dis-je, il en sera demandé compte à cette engeance ! 52« Hélas pour vous, légistes, vous avez enlevé la clef de la science. Sans y entrer vous-mêmes, vous en avez interdit l’accès à ceux qui voulaient y entrer. » 53Après le départ de Jésus, les scribes et les pharisiens se mirent à le harceler de questions et à le faire parler sur quantité de sujets, 54sans cesse à l’affût pour surprendre quelque parole compromettante. 2Le Notre Père est plus bref qu’en Mt 6.9-13, mais c’est bien la même prière enseignée par Jésus, et les changements sont peu importants. 3Autre trad. : donne-nous chaque jour notre pain quotidien. 4Litt. : puisque nous aussi nous remettons à quiconque nous doit. Luc remplace les dettes de Matthieu (voir Mt 6.12) par les fautes — ce qui est bien le sens —, mais il conserve la forme première : remettre à celui qui doit. 11Pain… caillou : ce détail ne figure pas dans tous les manuscrits. 20Le doigt de Dieu : la comparaison avec Mt 12.28 a fait de cette expression un nom du Saint-Esprit. 23Ce verset est la pointe du passage (Lc 11.14-27) qui montre les dangers de la division, la nécessité d’un choix absolu sans retour en arrière. 29Un signe : un miracle qui démontre que Jésus est le Messie ; voir Jn 2.11. 31La reine de Saba : voir 1 Ro 10.1-10. 42La rue : plante aromatique servant d’épice ou de remède. 44Le contact d’une tombe causait une souillure rituelle (Nb 19.16). Le pharisaïsme, dans ces déviations, devient une forme d’hypocrisie où le dehors ne correspond plus au dedans : la façade est belle, l’intérieur est souillé.

12 1Sur ces entrefaites, les gens s’étaient amassés par milliers autour de Jésus, au point qu’ils s’écrasaient les uns les autres.Jésus alors se mit à dire, avant tout à l’adresse de ses disciples : « Gardez-vous du levain (c’est-à-dire de l’hypocrisie) des pharisiens. 2Il n’y a rien de voilé qui ne doive être dévoilé ; rien de secret qui ne doive être connu. 3Aussi, tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera révélé au grand jour ; et ce que vous aurez dit à l’oreille, dans une chambre, sera proclamé sur les toits. 4Mais à vous, mes amis, je dis ceci : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et après cela, ne peuvent rien faire de plus. 5Je vais vous montrer qui vous avez à craindre : craignez Celui qui, après avoir ôté la vie, a le pouvoir de jeter en enfer ; oui, vous dis-je, celui-là, craignez-le. 6Ne vend-on pas cinq passereaux pour deux sous ? Cependant pas un d’eux ne passe inaperçu de Dieu. 7Même vos cheveux sont tous comptés. Ne craignez point : vous valez mieux qu’une volée de passereaux. 8« Je vous le dis, quiconque se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l’Homme à son tour se déclarera pour lui devant les anges de Dieu ; 9mais celui qui m’aura renié devant les hommes sera renié devant les anges de Dieu. 10« Quiconque aura parlé contre le Fils de l’Homme obtiendra le pardon ; mais pour celui qui aura blasphémé contre le Saint-Esprit, il n’y aura pas de pardon. 11« Quand on vous fera comparaître devant les synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de la manière dont vous parlerez pour votre défense ; 12car le Saint-Esprit vous inspirera, au moment même, ce que vous aurez à dire. » 13Quelqu’un, du milieu de la foule, lui dit alors : « Maître, dis donc à mon frère de partager avec moi notre héritage. » 14Jésus lui répondit : « Mon ami, qui m’a constitué votre juge ou votre arbitre ? » 15Il leur dit alors : « Gardez-vous scrupuleusement d’être insatiables, car la vie d’un homme, fût-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses. » 16Puis il leur proposa cette parabole : « Il y avait un homme riche et ses terres lui rapportaient beaucoup. 17Et il raisonnait en lui-même : Que faire ? Je manque de place pour serrer ma récolte. 18Voici, dit-il, ce que je vais faire : j’abattrai mes greniers, j’en bâtirai de plus grands, j’y amasserai toute ma récolte et mes biens. 19Et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as de grands biens en réserve pour de nombreuses années ; repose-toi, mange, bois et mène un train joyeux. 20Mais Dieu lui dit : Insensé ! cette nuit même, on te redemandera ton âme ; et ce que tu as amassé, qui l’aura ? 21Voilà ce qu’il en est de l’homme qui accumule pour lui-même, au lieu de s’enrichir pour Dieu. » 22Alors Jésus se tourna vers ses disciples : « Par conséquent, dit-il, je vous le déclare, ne vous tracassez pas pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous le revêtirez. 23La vie est plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement. 24Considérez les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent ; ils n’ont ni cave ni grenier, et cependant Dieu les nourrit. Combien ne valez-vous pas plus que ces oiseaux ? 25Qui de vous peut, à force de souci, prolonger d’une coudée la durée de sa vie ? 26Si donc vous ne pouvez pas les moindres choses, pourquoi vous inquiétez-vous du reste ? 27Considérez comment croissent les lis : ils ne filent ni ne tissent. Cependant, je vous le dis, Salomon lui-même, au comble de l’opulence, n’était pas vêtu comme l’un d’eux. 28Eh bien, si dans la campagne, Dieu donne tant d’élégance à la plante qui pousse aujourd’hui et qui sera jetée au feu demain, à combien plus forte raison vous vêtira-t-il, gens de peu de foi ! 29Ne soyez pas toujours en quête de ce que vous mangerez ou boirez, et n’en ayez pas de vaines inquiétudes. 30Car tout cela, ce sont les préoccupations des gens de ce monde, tandis que votre Père sait que vous en avez besoin. 31Vous donc, cherchez seulement son royaume, et l’on vous donnera le reste par-dessus le marché. 32« Ne crains point, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume. 33Vendez vos biens et donnez-les en aumône ; faites-vous des bourses inusables, un trésor inépuisable dans les cieux, où le voleur n’approche pas, où le ver ne ronge pas. 34Car où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. » 35« Tenez-vous ceintures aux reins, lampes allumées. 36Soyez semblables à des gens qui attendent leur maître, à son retour des noces, afin de lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera. 37Heureux ces serviteurs que le maître, à son retour, trouvera veillant ! Oui, vous dis-je : il se ceindra, les fera mettre à table et passera les servir. 38Qu’il arrive à la deuxième ou à la troisième veille, heureux ces serviteurs, s’il les trouve veillant ! 39Sachez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur doit venir, il n’aurait pas laissé forcer sa maison. 40Vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l’Homme va revenir à l’heure que vous ne pensez pas. » 41Pierre lui dit alors : « Seigneur, cette parabole s’adresse-t-elle à nous seuls, ou à tout le monde ? » 42Le Seigneur reprit : « Quel est l’économe sage et fidèle que le maître établira sur ces gens, pour leur donner en temps voulu leur mesure de blé ? 43Heureux ce serviteur que le maître, à son retour, verra se conduire ainsi ! 44Je vous le dis en vérité : il l’établira sur tous ses biens. 45Mais si cet intendant se dit : Le maître tarde à revenir, et s’il se met à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, 46son maître reviendra le jour où il ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ignore ; il le fera mettre en pièces et lui donnera le sort des infidèles. 47« Un serviteur informé de la volonté de son maître, et qui n’a rien préparé pour exécuter ses désirs, sera battu d’un grand nombre de coups. 48Celui qui, sans la connaître, aura mérité des coups par sa conduite, en recevra peu. On exigera beaucoup de celui à qui l’on a beaucoup donné. Plus on a confié à quelqu’un, plus on exigera de lui. » 49« Je suis venu mettre le feu sur la terre, et qu’ai-je à désirer, si dès maintenant il est allumé ? 50Il est un baptême dont je dois être baptisé, et quelle est mon angoisse jusqu’à ce qu’il s’accomplisse ! 51« Pensez-vous que je sois venu établir la paix sur la terre ? Non, vous dis-je, mais la dissension. 52Car désormais, s’il sont cinq dans une maison, ils s’opposeront trois contre deux, et deux contre trois, 53le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la bru et la bru contre la belle-mère. » 54Il dit encore à la foule : « Quand vous voyez un nuage monter au couchant, vous dites : Il va pleuvoir ; et c’est ce qui arrive. 55Et quand vous voyez souffler le vent du sud, vous dites : Il va faire chaud. Et cela arrive. 56Esprits faux, vous vous y entendez à discerner les aspects de la terre et du ciel : comment donc ne savez-vous pas tirer les conclusions de ce qui se passe ? 57Et pourquoi de vous-mêmes n’arrivez-vous pas à discerner ce que demande la justice ? 58« Lorsque tu vas avec ton contradicteur devant le magistrat, tu devrais tâcher de t’arranger avec lui en cours de route, de peur qu’il ne te traîne devant le juge, et que le juge ne te livre à l’exécuteur, et que l’exécuteur ne te mette en prison. 59Tu n’en sortiras pas, te dis-je, que tu n’aies payé jusqu’au dernier sou. » 10Voir Mt 12.32 et note. 19Mon âme : comme souvent dans la Bible, le mot désigne la personne entière, siège des appétits, notamment de la faim. Le même mot est traduit par vie aux vv. 22-23. 46Voir Mt 24.51 et note. 50Le baptême du sang, celui de la passion. 51Jésus n’opère pas la division, mais il en est l’occasion : on prend position pour ou contre lui, pour ou contre les siens.

13 1En ce même temps, survinrent des gens qui racontaient là ce qui venait d’arriver à des Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. 2Jésus prit la parole : « Pensez-vous, dit-il, que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres gens de Galilée, pour avoir été traités de la sorte ? 3Non, vous dis-je ; mais si vous ne changez de conduite, vous périrez tous également. 4Et ces dix-huit personnes, écrasées sous les ruines de la tour de Siloé, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres gens de Jérusalem ? 5Non, vous dis-je ; mais si vous ne changez de conduite, vous périrez tous également. » 6Il dit aussi cette parabole : « Un homme avait planté un figuier dans sa vigne. Il vint pour y cueillir du fruit, mais il n’en trouva point. 7Alors il dit au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le : pourquoi encombre-t-il le terrain ? 8Le vigneron répondit : Maître, laisse-le encore cette année, je vais bêcher tout autour et mettre du fumier. 9Peut-être donnera-t-il alors du fruit ; sinon tu le feras couper. » 10Un jour de sabbat, Jésus enseignait dans une synagogue. 11Il y avait là une femme possédée, depuis dix-huit ans, par un esprit qui la rendait infirme : elle était toute courbée, et ne pouvait pas se redresser tout à fait. 12Jésus l’aperçut et l’appela : « Femme, tu es délivrée de ton infirmité », lui dit-il, 13et il lui imposa les mains. Instantanément, elle se redressa et rendit gloire à Dieu. 14Mais le chef de la synagogue manifesta son indignation de ce que Jésus eût opéré cette guérison le jour du sabbat, et dit au public : « Il y a six jours pour travailler : venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. » — 15« Hypocrites ! lui dit le Seigneur, chacun de vous, le jour du sabbat, ne détache-t-il pas de la crèche son bœuf ou son âne pour le mener boire ? 16Et cette fille d’Abraham que Satan avait mise à l’attache voilà dix-huit ans, ne fallait-il pas la détacher de ces liens, le jour du sabbat ? » 17De telles paroles remplissaient de confusion tous ses adversaires, tandis que le peuple était enthousiasmé de tous les prodiges qu’il accomplissait. 18Jésus dit encore : « À quoi le royaume de Dieu est-il semblable, à quoi le comparer ? 19Il est semblable à un grain de moutarde : un homme le prend et le jette dans son jardin ; il pousse, et devient un arbuste, et les oiseaux du ciel nichent dans ses rameaux. » 20Il dit encore : « À quoi puis-je comparer le royaume de Dieu ? 21Il est semblable à du levain : une femme le prend et le mêle à trois mesures de farine, et toute la pâte en est levée. » 22Faisant toujours route vers Jérusalem, Jésus traversait villes et villages, et y enseignait. 23Quelqu’un vint lui demander : « Seigneur, n’y aura-t-il qu’un petit nombre d’hommes qui soient sauvés ? » Il répondit : 24« Tâchez d’entrer par la porte étroite, car je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y réussiront pas. 25Dès que le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, vous, du dehors, vous aurez beau frapper et dire : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! Il vous répondra : Je ne sais d’où vous êtes. 26Alors vous vous mettrez à dire : Nous avons mangé et bu avec toi, et tu as enseigné sur nos grands-places. 27Et il vous répondra : Je vous le dis, je ne sais d’où vous êtes : allez-vous en tous, vous êtes des malfaiteurs. 28Là seront les pleurs et les grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. 29Il en viendra du levant et du couchant, du nord et du sud, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. 30Et il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. » 31Le même jour, quelques pharisiens vinrent dire à Jésus : « Va-t’en d’ici ; Hérode veut te tuer. » 32Il leur répondit : « Allez dire à ce renard que je chasse les démons et que j’opère des guérisons aujourd’hui et demain, et que le troisième jour j’achèverai ma vie. 33Mais il faut qu’aujourd’hui, demain et le jour suivant, je marche ; car il n’est pas admissible qu’un prophète meure en dehors de Jérusalem. 34« Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! 35Votre demeure vous sera laissée, mais je vous déclare que dorénavant vous ne me reverrez plus jusqu’au jour où vous direz : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » 1Les circonstances évoquées aux vv. 1 et 4 sont inconnues. 14Les pharisiens interdisaient l’exercice de l’art de guérir, le jour du sabbat, comme oeuvre servile ; comparer Mt 12.10 ; Lc 14.3. 32J’achèverai ma vie : litt. je suis consommé, achevé (cf. Jn 19.30).

14 1Un jour de sabbat, Jésus était allé prendre son repas chez un pharisien notable, et on l’observait. 2Justement il y avait devant lui un homme hydropique. 3Jésus s’adressa aux légistes et aux pharisiens : « Est-il, oui ou non, permis de faire une guérison le jour du sabbat ? » 4Ils gardèrent le silence. Jésus prit alors cet homme par la main, le guérit et le congédia. 5Puis il se tourna vers eux : « Qui de vous, dit-il, si son fils ou son bœuf tombe dans le puits, ne l’en retire aussitôt, même le jour du sabbat ? » 6À cela, ils n’eurent que répondre. 7Puis, remarquant la manière dont les invités cherchaient à prendre les places d’honneur, il y fit allusion : 8« Quand un homme t’invite à un festin de noces, ne te mets pas à la première place, de peur qu’il n’ait invité une personne plus considérable que toi, 9et que votre hôte à tous deux ne te dise : Cède-lui la place. Tu aurais alors la confusion de devoir occuper la dernière place. 10Mais, quand tu seras invité, va te mettre à la dernière place ; ainsi ton hôte, en entrant, te dira : Mon ami, monte plus haut. Alors tu seras à l’honneur devant tous les convives. 11Car, quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » 12Il dit encore à son hôte : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, il ne faut pas inviter tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni tes voisins riches : ils pourraient t’inviter à leur tour, et te rendraient ainsi la pareille. 13Mais, quand tu reçois, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. 14Tu pourras te féliciter de ce qu’ils ne peuvent te le rendre, car cela te sera rendu à la résurrection des justes. » 15À ces mots, un des convives dit à Jésus : « Heureux celui qui prendra son repas dans le royaume de Dieu ! » 16Jésus lui répondit : « Un homme offrit un grand dîner, auquel il convia beaucoup de monde. 17À l’heure du repas, il envoya son serviteur dire aux invités : Venez, tout est prêt. 18Mais tous, unanimement, commençèrent à s’excuser. L’un dit : J’ai acheté une terre, je dois aller la voir ; excuse-moi, je t’en prie. 19Un autre dit : J’ai acheté cinq paires de bœufs et je vais les essayer ; excuse-moi, je t’en prie. 20Un autre dit : Je viens de me marier ; je ne puis donc venir. 21Le serviteur vint rapporter ces choses à son maître. Alors le maître de maison, mécontent, dit à son serviteur : Va tout de suite par les rues et les places de la ville, et ramène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. 22Le serviteur vint dire : Maître, tes ordres sont exécutés, mais il y a encore de la place. 23Le maître reprit : Va par les chemins et le long des haies, et presse les gens d’entrer ; ma maison doit être pleine. 24Car je vous le déclare : aucun des premiers invités ne goûtera de mon festin. » 25Une grande foule faisait route avec Jésus ; il se retourna et dit : 26« Si quelqu’un veut venir à moi sans haïr son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. 27Et quiconque ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite, ne peut être mon disciple. 28Est-il, en effet, quelqu’un parmi vous qui veuille bâtir un château, et ne commence par calculer à son aise la dépense, pour voir s’il a les moyens de l’achever ? 29Sans quoi, s’il pose les fondations et ne peut achever les travaux, tous ceux qui le verront seront tentés de le ridiculiser 30en disant : C’est l’homme qui a commencé à bâtir et n’a pu terminer ! 31Quel roi, s’il veut partir en guerre contre un autre roi, n’examine pas à son aise, s’il peut, avec dix mille hommes, faire face à celui qui l’attaque avec vingt mille ? 32Sinon, tant que l’autre est loin, il lui envoie une ambassade pour traiter de la paix. 33De même, si l’un de vous n’écarte pas tout ce qu’il possède, il ne peut être mon disciple. » 34« C’est une bonne chose que le sel ; mais, s’il perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? 35Il n’est plus bon ni pour la terre, ni pour le fumier, et on le jette. À bon entendeur d’entendre ! » 5Son fils : certains manuscrits portent : son âne. 26Haïr : expression courante en hébreu pour indiquer une préférence (cf. Gn 29.31 ; Mal 1.3 etc.). La formule est volontairement choquante pour signifier l’absolu de l’engagement au service du Royaume.

15 1Les publicains et les pécheurs s’approchaient de Jésus pour l’entendre. 2Les pharisiens et les scribes murmuraient alors : « Cet homme accueille des pécheurs, disaient-ils, et il mange à leur table. » 3Mais il riposta par cette parabole : 4« Quelqu’un d’entre vous possède cent brebis. S’il en perd une, ne laisse-t-il pas les nonante-neuf autres dans le désert, pour aller chercher celle qui est perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve ? 5Quand il l’a trouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules ; 6puis, de retour à la maison, il appelle ses amis et ses voisins et leur dit : Réjouissez-vous avec moi : j’ai retrouvé ma brebis qui était perdue. — 7De même, vous dis-je, il y aura plus de joie dans le ciel pour un pécheur pénitent que pour nonante-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance. » 8« Une femme possède dix pièces. Vient-elle à en perdre une, n’allume-t-elle pas sa lampe, ne balaie-t-elle pas sa maison avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ? 9Et quand elle l’a retrouvée, elle appelle ses amies et ses voisines : Réjouissez-vous avec moi, dit-elle, car j’ai retrouvé la pièce que j’avais perdue. 10Ainsi, vous dis-je, il y a de la joie parmi les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent. » 11Il dit encore : « Un homme avait deux fils. 12Le plus jeune dit à son père : Mon père, donne-moi la part d’héritage qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien. 13Quelques jours après, le plus jeune fils liquida sa fortune et partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien dans une vie de débauche. 14Après qu’il eut tout dépensé, survint dans ce pays une grande famine ; et il commença à se trouver dans le besoin. 15Il alla se mettre au service d’un habitant du pays qui l’envoya dans sa ferme garder les cochons. 16Il avait envie de se remplir le ventre des gousses que mangeaient les cochons, mais personne ne lui donnait rien. 17« Alors il rentra en lui-même et se dit : Combien de gens aux gages de mon père ont du pain en abondance … et moi, ici, je meurs de faim ! 18je vais me mettre en route, aller trouver mon père et lui dire : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi ; 19je ne mérite plus d’être appelé ton fils : traite-moi comme un de tes domestiques. 20Il se mit donc en route et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit, s’attendrit, courut se jeter à son cou et l’embrassa. 21Son fils lui dit alors : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi ; je ne mérite plus d’être appelé ton fils. 22Mais le père dit aux serviteurs : Allez vite chercher la plus belle robe et l’en revêtez ; mettez-lui au doigt un anneau, des souliers aux pieds. 23Amenez le veau gras et tuez-le. Mangeons et faisons liesse. 24Mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et le voilà retrouvé. Et ils se mirent à festoyer. 25« Or le fils aîné se trouvait aux champs. À son retour, comme il approchait de la maison, il entendit la musique et les danses. 26Il appela un domestique et lui demanda ce qui se passait. 27Le garçon répondit : Ton frère est de retour, et ton père a tué le veau gras parce qu’il l’a retrouvé sain et sauf. 28Mais il se mit en colère et refusa d’entrer. Son père sortit alors et lui fit des instances. 29Mais il répondit à son père : Voilà tant d’années que je te sers sans avoir jamais désobéi. Jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. 30Et maintenant que ton fils-là revient, qu’il a mangé ta fortune avec des femmes, tu abats pour lui le veau gras ! 31Le père lui dit : Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi. 32Mais il fallait bien faire fête, car ton frère était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et le voilà retrouvé. » 1Publicains et pécheurs : voir note en Lc 5.30.

16 1Jésus dit encore à ses disciples : « Un homme riche avait un économe qu’on accusa devant lui de dilapider sa fortune. 2Il le fit venir et lui dit : Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes biens. 3L’économe se dit alors : Que faire, puisque mon maître m’enlève mon intendance ? Bêcher la terre ? je n’en ai pas la force. Mendier ? j’en aurais honte. 4Je vois ce que je vais faire pour trouver des gens qui me reçoivent chez eux lorsque j’aurai perdu ma place. 5Il fit alors venir séparément chacun des débiteurs de son maître. Il dit à l’un : Combien dois-tu à mon maître ? 6L’homme répondit : Cent mesures d’huile. L’économe : Assieds-toi là, voici ton billet, écris vite : 50. 7Et toi, dit-il à l’autre, combien dois-tu ? Celui-ci répondit : Cent mesures de froment. L’économe reprit : Voici ton billet, écris : 80. 8Et le propriétaire admira l’astuce de l’intendant malhonnête ; les enfants de ce siècle sont, en effet, plus judicieux dans leur conduite envers les gens de leur espèce, que ne le sont les enfants de lumière. — 9Et moi je vous dis : Faites-vous des amis avec le malhonnête Mammon, pour qu’au jour où il viendra à vous manquer, ils vous reçoivent dans les tentes éternelles. 10« Celui qui est fidèle dans les moindres choses, est aussi fidèle dans les grandes ; celui qui est injuste dans les moindres choses, est aussi injuste dans les grandes. 11Si donc vous n’avez pas été fidèles dans la richesse injuste, qui vous confiera les biens véritables ? 12Et si vous n’avez pas été fidèles dans ce qui appartient à autrui, qui vous donnera ce qui vous revient ? 13Nul serviteur ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre ; ou il se vouera à l’un et fera fi de l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. » 14Or les pharisiens, qui sont cupides, écoutaient ces paroles et ricanaient. 15Jésus leur dit : « Vous, vous cherchez à paraître justes aux yeux des hommes, mais Dieu connaît vos cœurs ; ce qui est élevé pour les hommes est abominable aux yeux de Dieu. 16« La loi et les Prophètes ont subsisté jusqu’à Jean. Depuis Jean, le royaume de Dieu est annoncé, et chacun fait violence pour y entrer. 17Le ciel et la terre passeront plus facilement qu’une lettre de la loi ne vienne à tomber. 18Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère ; et qui épouse une femme répudiée, commet un adultère. » 19« Il y avait un homme riche, qui s’habillait de pourpre et de fine toile, et faisait chaque jour bonne chère. 20Il y avait encore un pauvre, nommé Lazare, qui s’étendait à sa porte, couvert de plaies. 21Il aurait voulu se nourrir des déchets de la table du riche … et même les chiens venaient lécher ses plaies. 22Or le pauvre vint à mourir et fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Et le riche mourut à son tour et fut enseveli. 23« Dans le séjour des morts, il leva les yeux : lui-même à la torture, il aperçut de loin Abraham, et Lazare en son sein. 24Il s’écria : Père Abraham, aie pitié de moi, et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour m’en rafraîchir la langue, car je souffre horriblement dans cette flamme. 25Abraham répondit : Mon fils, souviens-toi que tu as eu tes biens durant ta vie, tandis que Lazare avait ses maux ; maintenant il est ici réconforté, tandis que tu souffres. 26D’ailleurs, entre nous et vous un grand abîme est établi, si bien que l’on ne peut à volonté passer à vous d’ici, ni traverser de là jusqu’à nous. 27Le riche dit : Alors, Père, je te prie d’envoyer au moins Lazare dans la maison paternelle, 28car j’ai cinq frères. Il devrait leur dire ce qui en est, pour qu’ils n’aboutissent pas à leur tour dans ce lieu de tourments. 29Abraham répondit : Ils ont Moïse et les prophètes : qu’ils les écoutent ! 30Le riche reprit : Non, Père Abraham ; mais si quelqu’un des morts va les trouver, ils se repentiront. 31Mais Abraham lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, quand bien même ressusciterait quelqu’un des morts, ils ne se laisseront point convaincre. » 9Mammon : voir note à Mt 6.24. 16Les vv. 16, 17 et 18 semblent ici hors de leur contexte. 16Fait violence : interprétation difficile. Voir note en Mt 11.12. 22Dans le sein d’Abraham : c’est-à-dire dans son intimité (Jn 13.23), allongé près de lui au banquet messianique (Mt 9.15 et note).

17 1Jésus dit encore à ses disciples : « Il est impossible qu’il n’arrive pas de scandale ; mais hélas pour l’homme qui les cause ! 2Il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît autour du cou une meule de moulin et qu’on le précipitât dans la mer, que de porter au mal un seul de ces petits. 3Prenez garde à vous-mêmes.« Si ton frère a mal agi, reprends-le ; s’il en a du regret, pardonne-lui. 4Et quand il aurait péché contre toi sept fois dans un jour, s’il revient te dire sept fois : Je le regrette, tu lui pardonneras. » 5Les apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » 6Le Seigneur répondit : « Si vous aviez de la foi gros comme un grain de moutarde, vous auriez dit à ce mûrier : Déracine-toi, et va te planter dans la mer, et il vous aurait obéi. » 7« Qui de vous, ayant un serviteur qui laboure ou fait paître les troupeaux, lui dira au retour des champs : Viens tout de suite te mettre à table ? 8Ne lui dira-t-il pas au contraire : Prépare-moi à souper ; mets ton tablier pour me servir à boire et à manger ; ensuite, tu mangeras et tu boiras à ton tour ? 9Doit-il de la reconnaissance à ce serviteur pour avoir exécuté les ordres ? 10Vous de même, quand vous aurez fait tout ce qu’on vous a ordonné, dites : Nous sommes de pauvres serviteurs ; nous n’avons fait que ce que nous devions faire. » 11Toujours en chemin vers Jérusalem, Jésus passait aux confins de la Samarie et de la Galilée. 12Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre ; s’arrêtant à distance, 13ils élevèrent la voix : « Jésus, Maître, disaient-ils, aie pitié de nous ! » 14Jésus les vit et leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » Comme ils y allaient, ils furent purifiés. 15L’un d’eux, se voyant guéri, revint alors sur ses pas, glorifiant Dieu tout haut. 16Il se prosterna aux pieds de Jésus et le remercia. Or, c’était un Samaritain. 17Jésus lui dit : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Où sont les neuf autres ? 18Il ne s’est donc trouvé que cet étranger pour revenir remercier Dieu … » 19Puis il ajouta : « Lève-toi, va, ta foi t’a sauvé. » 20Les pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le royaume de Dieu. Il leur répondit : « Le royaume de Dieu ne doit pas venir de manière ostensible. 21On ne pourra dire : Il est ici ; ou : Il est là. Car voyez, le royaume de Dieu est déjà au milieu de vous. » 22Puis à ses disciples : « Des jours viendront, où vous désirerez voir un des jours du Fils de l’Homme, et vous ne le verrez point. 23On vous dira : Il est ici ; et : Il est là. N’y allez pas, ne courez pas après. 24Comme l’éclat fulgurant de l’éclair resplendit d’un bout à l’autre du ciel, ainsi resplendira le Fils de l’Homme en son Jour. 25Mais auparavant, il doit souffrir beaucoup et être rejeté par cette génération. 26« Ce qui arriva du temps de Noé, arrivera de même aux jours du Fils de l’Homme. 27On mangeait, on buvait, on prenait femme ou mari, et cela dura jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche. Survint le déluge qui fit périr tout le monde. 28De même aussi du temps de Lot : on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait. 29Le jour où Lot quitta Sodome, une pluie de feu et de soufre tomba du ciel, qui fit périr tout le monde. 30Il en sera de même le Jour où le Fils de l’Homme doit se révéler. 31En ce Jour-là, que celui qui sera sur la terrasse du toit ne descende pas chercher ses effets dans la maison ; que celui qui sera dans les champs ne retourne pas non plus en arrière. 32Souvenez-vous de la femme de Lot. 33Celui qui cherchera à sauvegarder sa vie la perdra, et celui qui la perdra, la retrouvera. 34En cette nuit-là, vous dis-je, de deux personnes qui seront dans le même lit, l’une sera prise, et l’autre laissée ; 35deux femmes moudront ensemble : l’une sera prise et l’autre laissée ; 36(deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé.) 37Les disciples lui dirent : « Où sera-ce, Seigneur ? » Il répondit : « Où est le cadavre, là s’abattent les vautours. » 10De pauvres serviteurs : on traduirait plus littéralement : serviteurs inutiles ou sans valeur, mais le mot pauvre rend mieux le sens : reconnaissance des limites de la condition humaine. 12Les lépreux étaient obligés de se tenir à distance des hommes pour éviter de les souiller. 14Purifiés : voir notes en Mt 8.2,4. 28Lot : voir le récit de la destruction de Sodome en Gn 19. 32La femme de Lot : voir Gn 19.26. 36De bons manuscrits omettent le v. 36. 37Voir note à Mt 24.28.

18 1Jésus leur proposa une parabole pour montrer qu’il faut toujours prier sans jamais se lasser. 2« Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et n’avait d’égard pour personne. 3Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait fréquemment le trouver en disant : Fais-moi justice de mon contradicteur. 4Longtemps il refusa. Mais un jour il se dit : Je ne crains pas Dieu et je n’ai d’égard pour personne ; 5mais je vais faire justice à cette femme tant elle m’importune ; sinon elle ne cessera de me rompre la tête. » 6Le Seigneur ajouta : « Vous entendez ce que dit ce juge inique ? 7Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient à lui jour et nuit, même s’il tarde à les secourir ? 8je vous le dis : il leur fera bientôt justice. Seulement, lorsque le Fils de l’Homme reviendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » 9Jésus dit encore cette parabole à l’adresse de gens qui se flattaient d’être justes et méprisaient les autres : 10« Deux hommes montèrent prier au temple ; l’un était pharisien, l’autre publicain. 11Debout, le pharisien priait en lui-même : Je te remercie, mon Dieu, de ne pas être comme le reste des hommes, rapaces, malhonnêtes, adultères, ni même comme le publicain que voilà ; 12je jeûne deux fois la semaine ; je paie la dîme de tous mes revenus. 13Le publicain, lui, restant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel ; il se frappait la poitrine en disant : Ô Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! — 14Eh bien ! je vous le déclare, celui-ci redescendit chez lui justifié, au contraire de l’autre. Quiconque en effet s’élève, sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » 15On lui amenait jusqu’aux tout petits enfants afin qu’il les touchât. Les disciples, voyant cela, gourmandaient les gens. 16Mais Jésus les appela : « Laissez venir à moi les petits enfants, dit-il ; ne les empêchez pas ; c’est à leurs pareils qu’appartient le royaume de Dieu. 17Oui, vous dis-je, celui qui ne recevra pas le royaume de Dieu comme le fait un petit enfant, n’y entrera point. » 18Un notable vint alors l’interroger en ces termes : « Bon Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ? » 19Jésus lui répondit : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon, si ce n’est Dieu seul. 20Tu connais les commandements : Tu ne commettras point d’adultère ; tu ne tueras point ; tu ne voleras point ; tu ne porteras point de faux témoignage ; honore ton père et ta mère. » — 21« J’ai, dit-il, observé tout cela dès ma jeunesse. » 22À ces mots, Jésus lui dit : « Il te manque une chose encore : vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. » 23Mais à ces paroles, il fut tout triste, car il était très riche. 24À le voir ainsi, Jésus dit : « Qu’il est difficile aux riches d’entrer dans le royaume de Dieu ! 25Il est plus aisé pour un chameau de passer par un chas d’aiguille, qu’il ne l’est à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » 26Ses auditeurs dirent : « Alors, qui peut être sauvé ? » 27Jésus répondit : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. » 28Pierre dit alors : « Eh bien ! nous autres, nous avons quitté nos affaires pour te suivre. » 29Jésus répondit : « En vérité, je vous le déclare, nul n’aura quitté pour le royaume de Dieu, maison, femme, frères, parents ou enfants, 30sans recevoir beaucoup plus dès ce monde et, dans le siècle à venir, la vie éternelle. » 31Ensuite, Jésus prit à part les Douze et leur dit : « Voici que nous montons à Jérusalem. Tout ce que les prophètes ont écrit du Fils de l’Homme va s’accomplir. 32On va le livrer aux païens, le bafouer, l’outrager, le conspuer ; 33on va le flageller et le mettre à mort ; et le troisième jour, il ressuscitera. » 34Mais ils ne comprirent rien à tout cela : ce langage leur était une énigme dont ils ne saisissaient point le sens. 35Comme Jésus approchait de Jéricho, il y avait au bord de la route un aveugle qui demandait l’aumône. 36Au bruit de la foule en marche, il s’informa de ce qui arrivait. 37On lui dit : « C’est Jésus de Nazareth qui passe. » 38Et lui de crier : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » 39En tête du cortège, les gens le tançaient pour le faire taire. Mais il criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! » 40Jésus s’arrêta et se le fit amener ; quand l’aveugle fut près de lui, Jésus lui demanda : 41« Que veux-tu que je fasse pour toi ? » — « Seigneur, que je voie. » 42« Eh bien, lui dit Jésus, vois ! ta foi t’a sauvé. » 43À l’instant, il recouvra la vue et suivit Jésus en bénissant Dieu. Et tout le monde, à ce spectacle, rendit gloire à Dieu. 20Voir Ex 20.12-16 ; Dt 5.16-20.

19 1Jésus entra dans Jéricho et traversait la ville. 2Il y avait un homme fort riche, nommé Zachée, chef des percepteurs d’impôts. 3Il cherchait à voir qui était Jésus et n’y parvenait pas, à cause de la foule, car il était de petite taille. 4Il courut en avant et grimpa sur un sycomore pour le voir, puisqu’il devait passer par là. 5Jésus, parvenu à cet endroit, leva les yeux et lui dit : « Zachée, dépêche-toi de descendre, car aujourd’hui c’est chez toi que je dois loger. » 6Zachée descendit prestement et accueillit Jésus dans la joie. 7Ce que voyant, tout le monde murmurait : « Il s’en va loger chez un pécheur … » 8Mais Zachée, debout devant le Seigneur, lui dit : « Seigneur, je donne désormais aux pauvres la moitié de mes biens et si j’ai extorqué de l’argent à quelqu’un je lui rends le quadruple. » 9Jésus lui dit : « Aujourd’hui le salut est entré dans cette maison, car cet homme est, lui aussi, fils d’Abraham. 10En effet, le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » 11On l’écoutait parler. Comme il était près de Jérusalem, d’aucuns s’imaginaient que la manifestation du royaume de Dieu était imminente ; il ajouta donc cette parabole : 12« Un personnage de haute naissance s’en alla dans un pays lointain pour se faire investir de la royauté et revenir ensuite. 13Il convoqua dix de ses serviteurs, leur confia dix mines et leur dit : Faites-les valoir jusqu’à mon retour. 14Mais les gens de son pays le détestaient. Ils envoyèrent une ambassade derrière son dos pour dire : Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous. 15Quand, revêtu de la dignité royale, il fut de retour, il fit convoquer les serviteurs auxquels il avait confié l’argent, afin de savoir le profit que chacun en avait tiré. 16Le premier vint : Monseigneur, ta mine a rapporté dix autres mines. 17Il lui dit : Bravo, bon serviteur ; puisque tu as été fidèle en de petites choses, tu recevras le gouvernement de dix villes. 18Le second vint : Monseigneur, ta mine a rapporté cinq autres mines. 19Il lui dit : Toi aussi, tu gouverneras cinq villes. 20Un autre vint enfin : Monseigneur, voici ta mine : je l’ai gardée en dépôt dans un mouchoir ; 21je te redoutais, car tu es un homme dur : tu prends là où tu n’as rien déposé, et tu moissonnes ce que tu n’as pas semé. 22Il lui dit : Mauvais serviteur, c’est sur tes propres paroles que je vais te juger. Tu savais que je suis un homme dur, que je prends là où je n’ai rien déposé, et que je moissonne ce que je n’ai point semé. 23Pourquoi donc n’as-tu pas déposé mon argent à la banque ? À mon retour, je l’aurais retiré avec l’intérêt. 24Puis il dit aux assistants : Ôtez-lui la mine et donnez-la à celui qui en a dix. 25On lui répondit : Monseigneur, il a déjà dix mines ! — 26Je vous le déclare : à celui qui a, on donnera ; mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a. 27Au reste, ces gens qui me haïssent, qui n’ont pas voulu m’avoir pour roi, amenez-les, et massacrez-les en ma présence. » 28Après ce discours, Jésus prit les devants sur le chemin qui monte à Jérusalem. 29À l’approche de Bethphagé et de Béthanie, près de la colline appelée mont des Oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples et leur dit : 30« Allez au village d’en face. En y entrant, vous trouverez, à l’attache, un ânon que personne au monde n’a encore monté ; détachez-le, et amenez-le. 31Si quelqu’un vous demande pourquoi vous le faites, vous répondrez : Le Seigneur en a besoin. » 32Les deux disciples partirent et trouvèrent tout comme Jésus le leur avait dit. 33Comme ils détachaient l’ânon, ses propriétaires leur dirent : « Pourquoi détachez-vous cet ânon ? » 34Ils répondirent : « Le Seigneur en a besoin. » 35Et ils amenèrent à Jésus l’ânon, sur lequel ils jetèrent leurs manteaux. Ils y firent monter Jésus. 36À son passage, les gens étendaient leurs manteaux sur la route. 37Lorsqu’il approcha de la descente du mont des Oliviers, toute la foule des disciples, saisie de joie, se mit à louer Dieu, à haute voix, de tous les miracles qu’ils avaient vus. 38Ils disaient : « Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur (Ps 117.26) ! Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » 39à ce moment des pharisiens interpellèrent Jésus du milieu de la foule : « Maître, fais taire tes disciples. » 40Il répondit : « Je vous le dis : s’ils se taisent, les pierres crieront ! » 41Quand il fut plus près encore, Jésus contempla Jérusalem et pleura sur elle en disant : 42« Si toi aussi, au moins en ce jour, tu comprenais le message de paix ! Mais non, cela est caché à tes yeux. 43Des jours viendront sur toi, où tes ennemis t’encercleront de tranchées, t’investiront et te serreront de tous côtés ; 44ils te détruiront, toi et tes enfants en ton sein ; ils ne laisseront pas de toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas su reconnaître le temps où tu as été visitée. » 45Il entra dans le temple et se mit à en expulser les marchands. 46« Il est écrit, dit-il : Ma maison doit être une maison de prière ! Et vous, vous en avez fait un repaire de voleurs (Is 56.7 ; Jér 7.11). » 47Journellement alors il enseignait dans le temple. Mais les grands prêtres, les scribes ainsi que les notables du peuple cherchaient à le faire périr. 48Ils ne savaient toutefois comment s’y prendre, car tout le peuple était suspendu à ses lèvres. 9Fils d’Abraham : appartenant au peuple de Dieu. 13Mines : monnaie antique valant 100 drachmes (le talent valait 6.000 drachmes). 44Visitée : cf. Lc 1.68,78 ; Lc 7.16.

20 1Un de ces jours-là, Jésus enseignait dans le temple et annonçait au peuple la bonne nouvelle. Survinrent les grands prêtres et les scribes, avec les anciens, 2qui lui dirent : « De quel droit fais-tu cela ? Ou dis-nous qui t’a donné cette autorité ! » 3Jésus répondit : « Je vais vous poser à mon tour une question. Répondez-moi : 4Le baptême de Jean, venait-il du ciel ou des hommes ? » 5Ils se concertèrent ainsi entre eux : « Si nous disons : Du ciel, il dira : Pourquoi n’avez-vous pas cru en lui ? 6Et si nous disons : Des hommes, le peuple va nous lapider, car il est persuadé que Jean était un prophète. » 7Alors ils répondirent qu’ils ne savaient pas d’où il venait. 8Et Jésus répliqua : « Et moi non plus, je ne vous dirai pas de quel droit j’agis ainsi. » 9Jésus leur proposa alors cette parabole : « Un homme planta une vigne et la confia ensuite à des vignerons, puis il s’en alla pour longtemps à l’étranger. 10Au moment propice, il envoya un serviteur aux vignerons, pour que ceux-ci lui remettent une part du produit de la vigne. Mais ils le battirent et le renvoyèrent les mains vides. 11Il envoya un second serviteur ; ils le battirent, l’outragèrent et le renvoyèrent aussi les mains vides. 12Il en envoya un troisième ; ils le rouèrent de coups et le mirent à la porte. 13Le maître de la vigne dit alors : Que faire ? Je vais envoyer mon fils bien-aimé ; peut-être le respecteront-ils. 14Mais quand il le virent, les vignerons se concertèrent : Voici l’héritier, se dirent-ils ; tuons-le et l’héritage nous reviendra. 15Ils l’entraînèrent hors de la vigne et l’assassinèrent. Que leur fera donc le maître de la vigne ? 16À son retour, il fera périr ces vignerons et il donnera la vigne à d’autres. »À ces mots, ils dirent : « À Dieu ne plaise ! » 17Mais Jésus les fixa des yeux et dit : « Que signifie donc ce texte : La pierre mise au rebut par les maçons est devenue la pierre d’angle (Ps 117.22) ? 18Quiconque trébuchera sur cette pierre s’y brisera, et celui sur qui elle tombera en sera broyé. » 19À l’heure même, les grands prêtres et les scribes cherchèrent à mettre la main sur lui, mais ils redoutaient le peuple. Ils avaient compris que Jésus avait raconté cette parabole à leur intention. 20Ils se mirent alors à l’épier ; et ils apostèrent des gens qui feignaient d’être justes, pour lui tendre des pièges afin de le prendre en défaut dans ses paroles, et de le livrer au pouvoir et à la juridiction du gouverneur. 21Ces gens lui posèrent cette question : « Maître, nous le savons, tu parles et enseignes avec droiture, sans tenir compte des positions sociales, mais tu enseignes la voie de Dieu en toute vérité. 22Eh bien, avons-nous le droit, oui ou non, de payer l’impôt à César ? » 23Déjouant leur fourberie, Jésus leur dit : 24« Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l’effigie et l’inscription ? » — « De César », dirent-ils. 25Et lui de reprendre : « Eh bien, rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » 26Aussi furent-ils incapables de prendre sa parole en défaut devant le peuple ; étonnés de sa réponse, ils gardèrent le silence. 27Quelques-uns des sadducéens — ces gens qui prétendent qu’il n’y a pas de résurrection— vinrent trouver Jésus et lui objectèrent : 28« Maître, Moïse a prescrit : Si quelqu’un a un frère marié, et que celui-ci meurt sans avoir d’enfants, il épousera la veuve pour susciter une postérité à son frère. — 29Or, il y avait sept frères. Le premier se maria, et mourut sans enfants. 30Le second épousa la veuve. 31Puis le troisième, et puis tous les sept qui moururent sans enfants. 32À son tour, la femme mourut aussi. 33Eh bien ! lors de la résurrection, duquel doit-elle être l’épouse ? car elle l’a été des sept. » 34Jésus répondit : « Les enfants de ce siècle prennent femme ou mari ; 35mais ceux qui seront trouvés dignes d’avoir part au siècle à venir et à la résurrection d’entre les morts, n’auront ni femme ni mari. 36Ils ne peuvent plus mourir parce qu’ils sont comme les anges et qu’ils sont fils de Dieu, étant fils de la résurrection. 37« Que d’autre part, les morts ressuscitent, c’est ce que Moïse a fait connaître, au passage du Buisson (Ex 3.6), lorsqu’il nomme le Seigneur : Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. 38Or, Dieu n’est pas un Dieu de morts, mais bien des vivants ; car, pour lui, tous sont vivants. » 39Quelques scribes dirent alors : « Maître, tu as bien parlé. » 40Et l’on n’osait plus le questionner. 41Jésus leur dit : « Comment peut-on dire que le Christ est le fils de David ? 42alors que David en personne dit au livre des Psaumes : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite, 43jusqu’ à ce que j’aie fait de tes ennemis l’escabeau de tes pieds (Ps 109.1). 44David l’appelle donc Seigneur ; alors comment peut-il être son fils ? » 45Tandis que tout le peuple l’écoutait, il dit à ses disciples : 46« Gardez-vous des scribes : ils aiment à circuler en longues robes et à se faire saluer sur les places publiques ; ils recherchent les premiers sièges dans les synagogues, les premières places dans les festins ; 47ils engloutissent les biens des veuves, et font mine de prier longuement. Leur châtiment n’en sera que plus sévère. » 27Sadducéens : voir note en Mt 3.7. 28Voir Dt 25.5-10. 38Voir note en Mt 22.32.

21 1Levant les yeux, Jésus voyait les riches verser leurs offrandes dans le Trésor. 2Il aperçut aussi une pauvre veuve y verser deux sous, 3et il dit : « Je vous le déclare en vérité, cette pauvre veuve a mis plus que les autres. 4C’est de leur superflu que tous ceux-là ont donné comme offrande ; mais cette femme a donné de son nécessaire, tout ce qu’elle avait pour vivre. » 5Comme l’on faisait observer que le temple était bâti de belles pierres, et pourvu de riches offrandes, Jésus dit : 6« Des jours viendront où, de tout ce que vous voyez là, il ne restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée. » 7Alors on le questionna : « Maître, quand cela doit-il arriver ? à quel signe connaîtra-t-on l’approche de ces événements ? » 8Jésus répondit : « Prenez garde de vous laisser abuser ; plusieurs viendront sous mon nom : C’est moi, diront-ils, le temps est proche. Ne les suivez pas. 9Quand vous entendrez parler de guerres et de révolutions, ne vous effrayez pas, car cela doit arriver d’abord, mais la fin ne viendra pas sitôt. » 10Il leur dit aussi : « On va se dresser peuple contre peuple, royaume contre royaume. 11Il y aura de grands tremblements de terre, des famines et des pestes par endroits, des phénomènes effrayants et de grands signes dans le ciel. 12Mais, avant tout cela, on mettra la main sur vous, on vous persécutera ; on va vous livrer aux tribunaux, vous mettre en prison ; on vous traduira devant des rois et des gouverneurs, à cause de moi. 13Cela vous arrivera pour que vous rendiez témoignage. 14Mettez-vous donc bien dans l’esprit de ne pas préparer votre défense ; 15car je vous donnerai une parole pleine de sagesse à laquelle vos ennemis ne pourront ni contredire, ni résister. 16Vous serez dénoncés, même par des parents, des frères, des proches et des amis, et ils mettront à mort plusieurs d’entre vous. 17Vous serez en butte à la haine de tous à cause de moi. 18Mais pas un cheveu ne tombera de votre tête. 19C’est à votre constance que vous devrez votre salut. 20« Mais, quand vous verrez Jérusalem investie par des armées, sachez alors que sa ruine approche. 21Que les habitants de la Judée fuient alors dans les montagnes ; que ceux qui seront en ville, la quittent ; et que ceux qui seront à la campagne n’entrent pas en ville. 22Car ce seront là des jours de châtiment, pour que s’accomplisse tout ce qui est écrit. 23Hélas pour les femmes qui seront enceintes ou qui allaiteront en ces jours-là ! car il y aura grande détresse dans le pays, et grande colère contre ce peuple. 24Ils seront passés au fil de l’épée, ils seront emmenés captifs parmi les nations, et Jérusalem sera piétinée par les païens, jusqu’à ce que soit accomplie l’époque des nations païennes. 25« Il y aura aussi des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre il y aura de l’angoisse parmi les nations païennes, dans la consternation due au fracas de la mer et des vagues ; 26des hommes expireront de terreur dans l’attente des maux qui vont fondre sur le monde habité ; les puissances des cieux elles-mêmes en seront secouées. 27Alors, on verra le Fils de l’Homme revenir dans une nuée, avec beaucoup de puissance et de gloire. 28Quand ces événements commenceront à se réaliser, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance approche. » 29Il ajouta cette comparaison : « Voyez le figuier, ainsi que tous les arbres : 30dès qu’ils bourgeonnent, vous jugez de vous-mêmes, à les voir, que l’été est proche. 31De même, quand vous verrez ces événements s’accomplir, rendez-vous compte que le royaume de Dieu est proche. 32Oui, vous dis-je, cette race ne passera pas que tout cela n’arrive. 33Ciel et terre peuvent passer, mais mes paroles ne passeront point. 34« Soyez sur vos gardes, de peur que vos cœurs ne s’alourdissent dans les excès de la table, par l’ivresse et par les soucis de la vie, et que ce Jour ne fonde sur vous à l’improviste, 35comme un filet ; car il s’abattra sur tous les habitants de la terre entière. 36Veillez donc et priez, en tout temps, afin d’être en état d’échapper à tout cet avenir et de vous présenter avec assurance devant le Fils de l’Homme. » 37Durant le jour, Jésus enseignait dans le temple, mais le soir, il sortait pour passer la nuit sur la colline dite Mont des Oliviers. 38Et le peuple se rendait au temple de bonne heure pour l’écouter. 5Comme Matthieu et Marc, Luc connaît trois perspectives : persécutions de la communauté chrétienne, ruine de Jérusalem et avènement du Fils de l’Homme. Cependant il est le seul à parler explicitement du siège de Jérusalem (v. 20), il distingue assez nettement ces trois perspectives et marque le récit de quelques notes personnelles (voir notamment le v. 28, propre à Luc). 26Voir note en Mt 24.29. 31Voir note en Mt 16.28. Chez Luc, cet enseignement peut viser le développement de l’Église après la ruine de Jérusalem. Plus profondément, mais inséparablement, il y a cette présence du royaume de Dieu qui est parmi nous (Lc 17.21), ce sens aigu que le salut est déjà accompli dans le Christ.

22 1La fête des Azymes, appelée la Pâque, approchait. 2Les grands prêtres et les scribes cherchaient le moyen de faire périr Jésus ; car ils redoutaient le peuple. 3Or, Satan s’introduisit en Judas, surnommé Iscariote, l’un des Douze. 4Il s’en alla conférer avec les grands prêtres et les officiers sur la manière de le leur livrer. 5Ceux-ci, remplis de joie, lui promirent de l’argent. 6Il donna son accord, et se mit à chercher une occasion de leur livrer Jésus, sans alerter la foule. 7Vint le jour des Azymes, où l’on devait immoler la Pâque. 8Jésus envoya Pierre et Jean : « Allez, dit-il, nous préparer le repas de Pâque. » 9Ils lui dirent : « Où veux-tu que nous le préparions ? » 10Il répondit : « Quand vous entrerez en ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau ; vous le suivrez dans la maison où il entrera, 11et vous direz au propriétaire : Le Maître te fait demander : Où est la salle où je puis manger la Pâque avec mes disciples ? 12Alors il vous fera voir à l’étage une grande salle meublée ; préparez-y ce qu’il faut. » 13Ils s’en furent, trouvèrent les choses conformes aux indications de Jésus, et préparèrent la Pâque. 14L’heure venue, Jésus se mit à table, et les apôtres avec lui. 15Il leur dit : « J’ai vivement désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. 16Car, je vous le déclare, désormais je ne la mangerai plus jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. » 17Il prit alors une coupe, rendit grâces et dit : « Prenez cette coupe et partagez-la entre vous. 18Car, je vous le déclare, je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu. » 19Puis il prit du pain, rendit grâce, le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est mon corps qui est donné pour vous : faites ceci en mémoire de moi. » 20Il prit de même la coupe après le souper, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang qui est répandu pour vous … 21Cependant, voici que la main du traître est à cette table avec moi. 22Le Fils de l’Homme va son chemin, selon son destin ; mais hélas pour l’homme par qui il est trahi ! » 23Et les disciples se demandaient les uns aux autres qui d’entre eux pouvait bien être prêt à faire cela. 24Il s’éleva aussi une contestation parmi eux : lequel fallait-il considérer comme supérieur. 25Jésus leur dit : « Les rois des nations païennes commandent en maîtres, et ceux qui les dominent se font appeler Bienfaiteurs. 26Qu’il n’en soit pas ainsi de vous, mais que le supérieur parmi vous soit comme l’inférieur, et le gouverneur comme le serviteur. 27Quel gouverneur ? Le convive ou le serviteur ? N’est-ce pas le convive ? Me voici pourtant au milieu de vous comme un serviteur. 28Vous, vous avez persévéré avec moi dans mes épreuves, 29et c’est pourquoi je dispose en votre faveur du royaume, comme mon Père en a disposé en ma faveur ; 30vous pourrez ainsi manger et boire à ma table dans mon royaume et siéger sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël. » 31« Simon, Simon, Satan a réclamé le droit de vous secouer comme le blé dans un crible ; 32mais j’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu te seras ressaisi, affermis tes frères. » 33Pierre lui dit : « Seigneur, avec toi, je veux bien aller en prison et à la mort. » 34Jésus lui dit : « Pierre, je te le dis, le coq ne chantera pas aujourd’hui que par trois fois tu n’aies prétendu ne pas me connaître. » 35Il leur dit encore : « Quand je vous ai envoyés sans bourse ni sac ni chaussures, avez-vous manqué de quelque chose ? » — 36« De rien », firent-ils. — « Mais maintenant, leur dit-il, si vous avez une bourse, prenez-la, ainsi qu’une besace ; si vous n’avez point d’épée, vendez votre manteau pour en acheter une. 37Car, vous dis-je, il faut que s’accomplisse en moi cet oracle : Il a été mis au rang des malfaiteurs (Is 53.12). En effet, ce qui me concerne touche à sa fin. » 38Ils lui dirent : « Seigneur, voici deux épées. » — « C’est assez », répondit-il. 39Il sortit. Comme de coutume, il se rendit sur le mont des Oliviers, suivi de ses disciples. 40Arrivé là, il leur dit : « Priez afin de ne pas entrer en tentation. » 41Puis il s’éloigna d’eux à la distance d’un jet de pierre ; il se mit à genoux et fit cette prière : 42« Père, s’il te plaît, éloigne de moi cette coupe ! Toutefois, que ta volonté soit faite et non la mienne. » 43Alors un ange lui apparut du ciel pour le fortifier. 44Dans l’angoisse, sa prière se fit plus instante et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui coulaient à terre. 45Relevé après la prière, il vint à ses disciples, qu’il trouva endormis de tristesse. 46Il leur dit : « Comment pouvez-vous dormir ? Levez-vous, et priez, afin de ne pas entrer en tentation. » 47Il parlait encore, qu’une troupe surgit ; et celui des Douze qu’on appelait Judas, marchait à sa tête. Il s’approcha de Jésus pour l’embrasser. 48Jésus lui dit : « Judas, c’est par un baiser que tu trahis le Fils de l’Homme ! » 49Alors ses compagnons, se rendant compte de ce qui allait arriver, dirent : « Seigneur, faut-il frapper de l’épée ? » 50Et l’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. 51Mais Jésus intervint : « Laissez, dit-il, restez-en là. » Puis il toucha l’oreille de cet homme, et le guérit. 52Se tournant alors vers les grands prêtres, les officiers du temple et les anciens qui étaient venus contre lui : « Vous vous êtes mis en chasse, dit-il, comme après un brigand, avec des épées et des bâtons. 53J’étais pourtant tous les jours avec vous dans le temple, et vous n’avez pas mis la main sur moi. Mais, c’est ici votre heure, et la puissance des ténèbres. » 54Alors ils le saisirent et l’emmenèrent. Ils le conduisirent chez le grand prêtre. Pierre suivait de loin. 55Au milieu de la cour ils allumèrent un feu, et s’assirent. Pierre vint s’asseoir avec eux. 56Une servante l’aperçut assis près du feu, le dévisagea et dit : « Cet homme était aussi avec lui. » 57Mais il le nia : « Femme, je ne le connais pas. » 58Peu après, un autre dit en le voyant : « Tu es aussi de ces gens-là. » Et Pierre dit : « Non, mon ami, je n’en suis pas. » 59Une heure plus tard environ, un autre affirmait : « Cet homme était certainement de sa suite ; il est Galiléen. » 60Mais Pierre dit : « Mon ami, je ne sais ce que tu veux dire. » À l’instant, comme il parlait encore, le coq chanta ; 61et le Seigneur s’étant retourné, regarda Pierre. Et Pierre se souvint de la parole du Seigneur : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras trois fois renié. » 62Il sortit et pleura amèrement. 63Les hommes qui gardaient Jésus se moquaient de lui et le frappaient. 64Ils lui avaient couvert le visage et lui disaient : « Devine qui t’a frappé ! » 65Et ils l’accablaient d’autres injures encore. 66Quand il fit jour, les anciens du peuple, les grands prêtres et les scribes se réunirent et firent comparaître Jésus devant leur assemblée. 67Ils lui dirent : « Si tu es le Christ, dis-le nous. » Il répondit : « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas, 68et si je vous interroge, vous ne me répondrez pas. 69Désormais, le Fils de l’Homme va siéger à la droite de la Puissance de Dieu. » 70Ils lui dirent tous : « Tu es donc le Fils de Dieu ? » Il répondit : « Oui, je le suis. » 71Alors ils s’écrièrent : « Qu’avons-nous encore besoin de témoignage ? Nous avons tout entendu nous-mêmes de sa bouche. » 16Luc insiste sur cette proximité du royaume, espérance que Jésus évoque avant de souffrir (v. 18). 17C’est peut-être la première coupe du repas pascal juif. Il se peut aussi que Luc distingue par là — il est seul à le faire — la Pâque juive (v. 14-18) et l’eucharistie chrétienne (v. 19-20), l’ancien rite et le nouveau. 19Luc raconte l’institution de l’eucharistie en termes très proches de 1 Co 11.23-26. 24La contestation s’est sans doute élevée au moment de prendre place à table. Le rapprochement avec le lavement des pieds (Jn 13.1-20) s’impose. 25Plusieurs rois d’Égypte ont porté le surnom d’ Évergète ou Bienfaiteur. 35Voir Lc 10.3-4. 70Oui : litt. : vous le dites vous-mêmes ; de même en Lc 23.3.

23 1La séance fut levée. On le conduisit alors devant Pilate, 2et ils se mirent à l’accuser : « Notre enquête établit que cet homme excite le peuple à la révolte, interdisant de payer le tribut à l’empereur et se disant lui-même Messie et roi. » 3Pilate l’interrogea : « Tu es le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « Oui. » 4Pilate dit aux grands prêtres et à la foule : « Je ne trouve rien de criminel en cet homme. » 5Mais eux de redoubler leurs instances : « Il soulève le peuple, qu’il endoctrine dans toute la Judée ; il a commencé en Galilée et poussé jusqu’ici. » 6À ces mots, Pilate demanda si l’homme était Galiléen. 7Apprenant qu’il relevait de la juridiction d’Hérode, il le renvoya à ce dernier, qui se trouvait justement à Jérusalem ces jours-là. 8Hérode fut tout aise de voir Jésus ; depuis longtemps il en éprouvait le désir, car il en avait entendu parler, et il espérait lui voir opérer un miracle. 9Il se mit à l’interroger à tout propos, mais Jésus ne lui répondit rien. 10Les grands prêtres et les scribes étaient là, qui l’accusaient ferme. 11Hérode avec sa garde le traita avec mépris et, pour se gausser de lui, le fit draper dans un manteau d’apparat et renvoyer à Pilate. 12Le jour même, Hérode et Pilate, qui, jusque là, vivaient en mésintelligence, se réconcilièrent. 13Pilate réunit alors les grands prêtres, les magistrats et le peuple. 14Il leur dit : « Vous m’avez déféré cet homme comme excitant le peuple à la révolte. J’ai beau l’interroger devant vous, je ne le trouve coupable d’aucun des crimes dont vous le chargez. 15Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. Il n’a donc rien fait qui mérite la mort. 16En conséquence, je vais le faire châtier et le relâcher. » 17À chaque fête, il était obligé de leur accorder l’élargissement d’un détenu. 18La foule entière hurla d’une seule voix : « Supprime-le ; relâche-nous Barabbas. » 19(C’était un individu qu’on avait incarcéré pour une émeute survenue dans la ville et pour meurtre.) 20Pilate, désireux de relâcher Jésus, voulut leur parler encore ; 21mais ils couvrirent sa voix par ces cris : « Crucifie-le ! crucifie-le ! » 22Une troisième fois, Pilate intervint : « Qu’a-t-il donc fait de mal ? Je n’ai rien trouvé en lui qui mérite la mort. Je vais donc lui faire administrer le fouet et le relâcher. » 23Mais ils insistaient à grands cris, réclamant sa mise en croix, et leurs clameurs gagnaient en violence. 24Pilate alors prononça la sentence qui satisfaisait leur désir. 25Il relâcha donc le détenu qu’ils réclamaient, incarcéré pour émeute et meurtre, et il abandonna Jésus à leur volonté. 26Comme ils l’emmenaient, ils arrêtèrent, à son retour de la campagne, un homme de Cyrène, appelé Simon, et ils le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus. 27Il était suivi d’une grande foule de gens du peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. 28Jésus se retourna vers elles : « Filles de Jérusalem, dit-il, ne pleurez pas sur moi ; pleurez sur vous et sur vos enfants. 29Car voici venir des jours où l’on dira : Heureuses les stériles, heureuses les entrailles qui n’ont point enfanté, heureuses les mamelles qui n’ont point allaité ! 30Alors on va se mettre à dire aux montagnes : Tombez sur nous ! et aux collines : Couvrez-nous ! 31Puisqu’on traite ainsi le bois vert, qu’arrivera-t-il au bois sec ? » 32On emmenait en même temps deux malfaiteurs pour les exécuter avec Jésus. 33Arrivés au lieu dit Calvaire, on l’y crucifia, ainsi que les malfaiteurs, l’un à droite, l’autre à gauche. 34Mais Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font. » Ils firent des lots de ses vêtements et les tirèrent au sort. 35La foule se tenait là et regardait. Les magistrats ricanaient : « Il a sauvé les autres, disaient-ils ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ, l’élu de Dieu ! » 36Les soldats aussi le raillaient ; ils s’approchaient, lui présentaient du vinaigre, 37et disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même. » 38Au-dessus de lui se trouvait l’inscription : « Celui-ci est le roi des Juifs. » 39Or, l’un des malfaiteurs ainsi suspendus l’injuriait : « Puisque tu es le Christ, sauve-toi toi-même, et sauve-nous ! » 40Mais l’autre le reprit : « Comment ! dit-il, tu n’as pas la crainte de Dieu, alors que tu subis la même condamnation ? 41Pour nous, c’est justice. Nous recevons ce que nos crimes ont mérité ; mais lui n’a rien fait de mal. » 42Et il ajouta : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu reviendras dans ta majesté royale ! » 43Et Jésus lui répondit : « Je te le déclare en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » 44Il était environ la sixième heure quand l’obscurité se répandit sur tout le pays jusqu’à la neuvième heure, le soleil s’obscurcissant ; 45le voile du temple se déchira par le milieu. 46Poussant alors un grand cri, Jésus dit : « Père, je remets mon esprit entre tes mains. » Et sur ces mots, il expira. 47À la vue de ce qui se passait, le centurion rendit gloire à Dieu : « Vraiment, dit-il, cet homme était juste. » 48Tous les gens venus en foule à ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine. 49Quant aux amis de Jésus, ils se tenaient à l’écart, ainsi que les femmes qui l’avaient suivi depuis la Galilée, et ils regardaient. 50Or, un membre du conseil, nommé Joseph, homme juste et droit, 51n’avait point acquiescé à la décision, ni aux actes des autres. Il était originaire d’Arimathie, en Judée ; lui aussi attendait le règne de Dieu. 52Il alla trouver Pilate et lui demanda le corps de Jésus. 53Il le descendit de la croix, l’enroula dans un linceul et le déposa dans un sépulcre taillé à même le roc, où personne n’avait encore été mis. 54C’était le jour de la Préparation et le sabbat allait commencer. 55Les femmes venues de Galilée avec Jésus accompagnèrent Joseph. Elles regardèrent le tombeau et la manière dont le corps de Jésus y avait été déposé. 56Elles s’en retournèrent et préparèrent des aromates et des parfums. Le jour du sabbat, elles observèrent le précepte du repos. 7Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, fils d’Hérode le Grand ; voir Lc 3.1 ; Lc 9.7-9 ; Lc 13.31-33. 17Le verset 17 manque dans plusieurs bons manuscrits. 30Citation de Os 10.8 reprise dans Apoc 6.16. 44La 6ème heure : environ midi. 46Citation du Ps 30.6. 54La veille du sabbat, donc un vendredi. Le sabbat se compte à partir du coucher du soleil, le jour précédent.

24 1Le premier jour de la semaine, de grand matin, elles se rendirent au sépulcre avec des aromates qu’elles avaient préparés. 2Elles trouvèrent la pierre roulée loin de l’ouverture du tombeau, 3mais quand elles y furent entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. 4Elles ne savaient que penser lorsque deux personnages parurent devant elles, vêtus de robes resplendissantes. 5Et comme, dans leur épouvante, elles baissaient le visage vers la terre, ils leur dirent : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts le Vivant ? 6Il n’est pas ici, il est ressuscité. Souvenez-vous de ce qu’il vous disait, lorsqu’il était encore en Galilée : 7Le Fils de l’Homme doit être livré entre les mains des pécheurs, être crucifié, et ressusciter le troisième jour. » 8Alors elles se rappelèrent les paroles de Jésus. 9Elles quittèrent le sépulcre et allèrent tout raconter aux Onze et à tous les autres. 10C’étaient Marie de Magdala, Jeanne, Marie, mère de Jacques ; et leurs compagnes firent aux apôtres le même récit. 11Eux tinrent ces discours pour du radotage, et n’y accordèrent pas créance. 12Pourtant, Pierre courut au tombeau ; il se baissa pour regarder et ne vit que les linges. Puis il s’en retourna chez lui, profondément surpris de l’événement. 13Ce jour-là même, deux disciples cheminaient vers un bourg nommé Emmaüs, à soixante stades de Jérusalem. 14Ils devisaient entre eux de tout ce qui s’était passé. 15Pendant qu’ils causaient et discutaient ensemble, Jésus en personne s’approcha et fit route avec eux. 16Mais leurs yeux étaient comme bandés, de sorte qu’ils ne pouvaient le reconnaître. 17Il leur dit : « Quels propos échangez-vous chemin faisant ? » Et ils s’arrêtèrent, tout tristes. 18L’un d’eux, nommé Cléophas, lui répondit : « Serais-tu le seul étranger dans Jérusalem à ne pas savoir ce qui s’y est passé ces jours-ci ? » — 19« Quoi donc ? » Ils répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth. C’était un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple. 20Nos grands prêtres et nos magistrats l’ont livré pour le faire condamner à mort, et l’ont crucifié. 21Nous avions l’espoir que ce serait lui qui restaurerait Israël. Avec tout cela, voici déjà le troisième jour que ces choses se sont passées. 22Sans doute, quelques femmes de notre groupe nous ont déconcertés. Elles sont allées avant le jour au tombeau ; 23elles n’y ont pas trouvé le corps, et elles sont revenues le dire, en ajoutant que des anges leur sont apparus et assurent qu’il est vivant. 24Quelques-uns des nôtres se sont aussi rendus au tombeau ; et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; quant à lui, ils ne l’ont pas vu. » 25Alors Jésus leur dit : « Ô gens sans intelligence ! comme votre cœur tarde à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! 26Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ainsi, pour entrer dans sa gloire ? » 27Puis, à partir de Moïse, en passant par tous les Prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait. 28Ils approchaient du village où ils se rendaient ; lui paraissait vouloir aller plus loin. 29Mais ils insistèrent : « Reste avec nous, disaient-ils. Le soir vient et le jour baisse déjà. » Et il entra pour rester avec eux. 30Pendant qu’il était à table avec eux, il prit le pain, le bénit, le rompit et le leur présenta. 31À ce moment leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent … mais il avait disparu. 32Alors ils se dirent l’un à l’autre : « N’est-ce pas que notre cœur était tout brûlant en nous, lorsqu’il nous parlait en chemin, et qu’il nous expliquait les Écritures ? » 33Ils se remirent en route à l’heure même et retournèrent à Jérusalem. Là, ils trouvèrent assemblés les Onze et leur groupe. 34Ils disaient tous : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon. » 35Et eux-mêmes de leur raconter ce qui leur était arrivé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu au moment où il rompait le pain. 36Tandis qu’ils s’entretenaient ainsi, Jésus se présenta au milieu d’eux et leur dit : « Paix à vous ! » 37Saisis de stupéfaction et d’épouvante, ils s’imaginaient voir un esprit. 38Mais il leur dit : « Pourquoi vous troublez-vous ? pourquoi ces incertitudes dans vos cœurs ? 39Voyez mes mains et mes pieds ; c’est bien moi ; touchez-moi et constatez : un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’en ai. » 40Ce disant, il leur montra ses mains et ses pieds. 41Mais comme, dans leur joie, ils hésitaient encore et restaient ébahis, il leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » 42Ils lui servirent un morceau de poisson grillé. 43Il l’accepta et mangea devant eux. 44Puis il leur dit : « Voilà bien ce que je vous disais lorsque j’étais encore avec vous, affirmant que devait s’accomplir tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes. » 45Alors il leur ouvrit l’esprit pour leur faire comprendre les Écritures : 46« Ainsi, leur dit-il, il est écrit que le Christ devait souffrir et ressusciter des morts le troisième jour, 47et qu’on devrait prêcher en son nom à toutes les nations, en commençant par Jérusalem, la repentance et la rémission des péchés. 48Vous en êtes témoins. 49Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous autres, restez en ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une force d’en-haut. » 50Il les conduisit alors vers Béthanie. Élevant les mains, il les bénit. 51Pendant cette bénédiction il se sépara d’eux et s’éleva au ciel. 52Eux se prosternèrent pour l’adorer, puis retournèrent à Jérusalem tout remplis de joie. 53Et ils étaient continuellement dans le temple, à louer et à bénir Dieu.

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